Alix Collombon : ''Je ne m'attendais pas à ce que ça aille si vite'' | Fédération Française de Tennis

20/12/2018

Alix Collombon : ''Je ne m'attendais pas à ce que ça aille si vite''

Padel

Ex-457e mondiale en tennis, Alix Collombon a opté pour le padel en 2015. Trois ans après, la double-championne de France (avec Jessica Ginier) est devenue la première Française à atteindre les quarts de finale d’un tournoi du World Padel Tour et pointe déjà à la 29e place mondiale après seulement un an sur le circuit. Rencontre.

 

Vous finissez votre première année sur le circuit WPT à la 29e place mondiale, quel bilan faites-vous de cette saison ?

En début d’année, mon objectif était d’atteindre le top 50 plus ou moins rapidement. Et une fois que je l’ai fait je me suis dit que j’allais essayer d’aller un peu plus haut. A partir de début septembre avec Sara Pujals, ma coéquipière, on a très bien joué. Les points se sont accumulés et le classement est monté petit à petit jusqu’à ce dernier tournoi incroyable à Murcia où on a atteint les quarts de finale. C’était assez inespéré parce que c’était notre première année sur le circuit. Ce quart de finale m’a encore fait passer un cap et maintenant je suis 29e.

 

Et comment vous voient les joueurs étrangers sur le circuit WPT ?

Ils sont contents que le padel s’internationalise. Il y a encore beaucoup d’écart et on reste le petit poucet mais ils nous prennent de plus en plus au sérieux. Sanyo Gutierrez, le numéro un mondial, dit que la France est "le futur du padel". Ils sentent que le padel peut vraiment évoluer en France grâce à l’aide de la FFT et que de plus en plus de joueurs pourront émerger.

 

Vous vivez à Barcelone, en Espagne, depuis un an. Quelle est votre structure d’entraînement ?

Je suis dans un groupe d’entraînement formé par mon coach Juan Alday et huit joueurs et joueuses dont Sara et moi ainsi que Marta Marrero (ex-numéro un mondiale et actuellement numéro trois mondiale) et en fonction de nos entraînements en indoor ou outdoor on s’entraîne dans plusieurs clubs. Je fais au moins un entraînement physique et une session padel par jour pendant la semaine. Et j’ai des tournois quasiment tous les week-ends. C’est assez similaire à ce que je faisais pour le tennis. Je sais ce que c’est de « se faire mal » à l’entraînement et c’est un avantage sur certaines joueuses. Et puis ce qui est bien au padel c’est qu’on travaille en groupe. Ça aide !

Que retirez-vous des entraînements avec une joueuse telle que Marta Marrero ?

Je me suis entraînée plusieurs fois avec elle cette année même si elle joue principalement avec des garçons car elle nous est vraiment supérieure. Mais quand on a la chance de partager un terrain avec elle c’est très enrichissant. Il faut être au taquet sur la séance pour ne pas être ridicule. Ce qui est impressionnant c’est l’intensité qu’elle peut mettre sur la durée.

Elle fait très peu de fautes et c’est très intéressant de jouer avec elle car pour l’instant j’ai encore rarement l’occasion de jouer contre des filles de ce niveau (à part le quart de finale à Murcia contre les numéros un mondiales) et ça me permet de voir ce que je dois travailler particulièrement pour m’améliorer.

 

Sur quoi devez-vous particulièrement travailler ?

J’ai encore quelques mauvais réflexes du tennis notamment dans mon rapport avec les vitres. Je dois améliorer ma défense, ma tactique, perfectionner les coups spécifiques padel comme les bandejas, les volées… Faire encore plus mal avec mes coups forts (jeu vers l’avant et physique) et améliorer mes points faibles.

 

Vous parlez de vos mauvais réflexes venant du tennis, comment êtes-vous passée du tennis au padel ?

J’ai arrêté le tennis il y a quatre ans pour différentes raisons. J’ai découvert le padel peu de temps après et j’ai adoré tout de suite. Je jouais avec des amis qui m’ont encouragée à faire des compétitions. Après un stage dans le sud pendant lequel on m’avait dit qu’il fallait absolument que je me lance et que je vise les championnats de France et les championnats du monde qui avaient lieu à Lisbonne en fin d’année. Il me fallait une partenaire et j’ai naturellement demandé à Jessica (avec laquelle j’avais déjà partagé beaucoup de choses en tennis) de m’accompagner dans ce projet. On a fini quatrièmes aux championnats de France lors de notre première participation ce qui nous a qualifiées pour les championnats du monde et la passion n’a fait que grandir.

 

En quoi avoir joué au tennis pendant longtemps vous a tout de même permis de progresser rapidement au padel ?

Mes qualités à la volée et mes réflexes, je les dois au tennis. Mon sérieux à l’entraînement aussi. Il y a des choses très bonnes et des choses à gommer. On ne peut pas jouer au padel comme on joue au tennis car ce sont deux sports différents.

 

Vous êtes championne de France mais vous vivez et jouez beaucoup en Espagne, n'est-ce pas un peu compliqué parfois de concilier le circuit français et le circuit international ?

Si c’est un peu dur. D’autant plus que j’y ajoute aussi le circuit catalan car je suis basée à Barcelone. J’ai énormément joué cette année et avec les voyages, les aller-retours en France, les tournois quasiment toutes les semaines, j’étais assez fatiguée en fin de saison même si c’est le moment où on a le mieux joué. Mais c’est important pour moi de jouer en France. Pour les sponsors évidemment, mais aussi parce que j’aime beaucoup retrouver Jessica et jouer à la maison.

 

Peut-on vivre du padel ?

Avec les sponsors oui. On ne vit pas du prize-money au padel mais il y a beaucoup de sponsors car on a le droit de mettre pas mal de pubs sur les tenues. Comme c’est un sport de passionnés, il suffit qu’il y ait un patron d’entreprise qui adore le padel et qui ait envie de t’aider et il te donne un peu d’argent. Les dix premières mondiales vivent bien du padel et chez les hommes ça s’élargit au top 30. Moi, grâce aux sponsors je finance ma saison, je paye mon loyer… Je ne fais pas de folies mais je vis du padel.

 

Vous faisiez partie de l’équipe de France pour les championnats du monde à Asunción, comment avez-vous vécu la compétition ?

Je suis comme une folle à chaque fois que je reçois les tenues de l’équipe de France. J’adore jouer pour mon pays. Quand je faisais du tennis, je rêvais de jouer la Fed Cup, ça n’est pas arrivé. Mais au padel, j’ai cette chance et c’est un véritable honneur à chaque fois. A Asunción, les garçons ont fini quatrièmes et nous on est reparties avec une belle cinquième place. Il y a trois équipes vraiment au-dessus en ce moment avec l’Espagne, l’Argentine et le Portugal. Mais on s’est un peu rapprochées cette année et ça c’est très positif en vue des prochaines échéances internationales.

Que pensez-vous de l’évolution du padel en France ?

Il y a une vraie évolution depuis que la FFT est vraiment impliquée dans le padel. On ressent vraiment le changement à tous les niveaux : nombre de pratiquants, nombre de compétitions et niveau lors des tournois. Et il y a de moins en moins de gens qui confondent avec le stand-up paddle (rires), ça peut paraître futile mais je pense que c’est un bon indicateur. Avec l’aide de la FFT qui a mis en place un vrai plan de développement, on espère que ça va aller encore plus vite.

 

Quels sont vos objectifs pour l’an prochain ?

Confirmer ce que j’ai fait cette année. La première année, c’est la plus simple car à chaque fois qu’on fait des tournois on prend des points, ce n’est que du bonus. Maintenant, j’aurai des points à défendre, les joueuses se méfieront peut-être un peu plus de moi et je serai forcément un peu plus attendue avec Sara. Si on arrive à confirmer, on essaiera de multiplier les bons résultats pour viser plus haut car j’ai évidemment encore envie de grimper dans la hiérarchie. Je vais beaucoup travailler en espérant que ça arrivera.

 

Vous prenez un peu de vacances en cette fin d’année pour récupérer ?

Oui je passe tout le mois de décembre à Lyon chez moi. Je vais en profiter pour recharger les batteries en me reposant et en passant du temps avec ma famille et mes amis. Et puis je reprendrai la préparation en fin de mois pour ne pas repartir de zéro en janvier pour la préparation hivernale. Je reprendrai les tournois dans la deuxième quinzaine de février et le circuit WPT en mars donc ça laisse un peu de temps.

 

Quels sont vos rêves en padel ?

A long terme, j’aimerais me rapprocher des meilleures places mondiales. Mais je suis très nouvelle dans le padel. La plupart des autres filles s’entraînent depuis des années, elles ont des bases, des habitudes, des réflexes (notamment avec les vitres) alors que moi je ne m’entraîne vraiment avec un coach que depuis un an. C’est aussi pourquoi j’ai pas mal d’espoirs parce que je suis déjà bien classée alors que j’ai encore beaucoup de choses à apprendre…

 

 

Propos recueillis par Amandine Reymond