12/01/2016 - 11h57

Fabrice Martin : ''Intégrer le Top 20 en double''

Actuel 53e mondial de la spécialité, Fabrice Martin, vainqueur la semaine dernière du double à Chennai, a décidé de s’y consacrer quasi exclusivement et de faire équipe toute la saison avec l’Autrichien Oliver Marach. Un choix à la fois sportif et financier que le Français de 29 ans explique avec franchise.

Pour votre premier tournoi avec Oliver Marach vous avez remporté votre premier titre sur le circuit principal. Une performance inattendue ?
Oui en finale, nous avons battu Benoît Paire associé à l’Américain Austin Krajicek (6/3, 7/5). Franchement, gagner notre premier tournoi, même si on partait avec l’ambition d’obtenir un bon résultat, on ne s’y attendait pas. Mais comme nous avons effectué une préparation ensemble, je pense que notre cohésion, le fait d’avoir appris à se connaître, a fait la différence. Même si nous avons eu un peu de réussite puisqu’en quarts de finale comme en demies, nos adversaires ont servi pour le match. A chaque fois, nous avons pu renverser la situation et nous imposer au super tie-break.

Comment avez-vous décidé de faire équipe avec Marach ?
Moi qui ne dispute quasiment plus que le double depuis un an, je recherchais un partenaire. Car avant, je faisais équipe avec des Français qui jouent aussi le simple et pour lesquels ça reste la priorité (Lucas Pouille au BNP Paribas Masters, Tristan Lamasine, Adrian Mannarino, Jonathan Eysseric, Kenny De Schepper, etc). Donc c’est compliqué de se retrouver sur les mêmes tournois et il faut parfois trouver un partenaire au dernier moment. Là, avec Oliver Marach, on s’est mis d’accord pour faire la saison ensemble. D’où ces 2 semaines de préparation en commun en Floride, dans l’académie de Nick Bollettieri car ma mère y travaille. On se « lance » plus ou moins. On va donc essayer de jouer un maximum tous les deux, même si cette semaine, je dispute un Challenger à Bangkok associé à l’Indien Sanam Singh, tandis qu’Oliver est rentré dans le tableau d’Auckland. Car je ne voulais pas rester inactif et la Thaïlande se trouvait sur ma route. Mais on se retrouvera à Melbourne.

Avec quel objectif ?
Nous voulons arriver en deuxième semaine à l’Open d’Australie. Comme nous allons démarrer la quinzaine avec la confiance accumulée lors de nos 4 victoires consécutives à Chennai, ça me paraît jouable. A titre personnel, je suis actuellement 53e mondial et j’espère rentrer dans le Top 20 en fin d’année. Ça fait un moment que je traîne sur les tournois de double et je vois que je n’ai pas grand-chose à envier aux meilleurs. A condition de m’en donner les moyens et d’être sur le circuit principal tout au long de l’année. Donc a priori les Futures et les Challengers en double, c’est fini pour moi. Car j’espère aller loin dans les Grands Chelems et pourquoi ne pas postuler à une place en équipe de France de Coupe Davis si ça fonctionne ?

"Pourquoi pas la Coupe Davis ?"

Cela explique aussi le choix de vous associer à Oliver Marach ?
Oui il est plus âgé que moi (35 ans contre 29), plus expérimenté aussi puisqu’il a été 8e mondial en double, disputé deux fois les Masters. Même si ça n’est pas une star du circuit comme Nestor ou les frères Bryan, il s’agissait d’une excellente opportunité pour moi. On communique en anglais car je ne parle pas allemand et lui ne maîtrise pas le français, mais ça ne me pose aucun problème puisque j’ai suivi une scolarité en anglais. Quelques équipes jouent tout le temps ensemble, tandis que certains joueurs changent régulièrement de partenaire. Car faire équipe, c’est partager la même vie, les mêmes hôtels, les mêmes entraînements. On voit plus son coéquipier que sa petite copine, donc il faut bien s’entendre (rires).

Le simple, c’est donc terminé pour vous ?
Je n’exclus pas de disputer quelques « qualifs » en simple sur les tournois que je jouerai en double mais après avoir navigué entre la 228e et la 370e place mondiale en simple pendant 4-5 ans, il arrive un moment où l’on a envie de gagner sa vie, d’accumuler un peu d’argent pour l’après-tennis. Or jusque-là, ça n’était pas évident car voyager sur le circuit coûte cher. En 2015, c’est la première fois que je m’en suis sorti financièrement et c’est grâce au double. En simple, pour gagner de l’argent, il faut être Top 100, mais je ne regrette rien, j’ai donné mon maximum et j’ai connu de belles victoires (ndlr : 5 Futures et un Challenger).

Devenir un joueur de double quasi exclusif oblige-t-il à changer son entraînement ?
Oui et non, car en simple j’étais déjà un joueur de service-volée. Mais effectivement, on travaille beaucoup plus de gammes croisées, de volées, on adapte ses déplacements, on travaille plus sur l’explosivité que sur l’endurance. Donc globalement oui, c’est quand même une autre façon de s’entraîner.

 

Recueilli par Baptiste Blanchet