18/03/2013 - 15h45

Julien Benneteau : "Je rêve d'accrocher ma médaille sur la Coupe Davis"

A 31 ans, Julien Benneteau est désormais l'une des figures du tennis masculin français. Le protégé de Loïc Courteau évoque dans ce entretien ses souvenirs londoniens, ses rêves de victoire en Coupe Davis et son avenir…

Julien, où est votre médaille de bronze ?
(sourire) Elle est chez moi, bien au chaud. Je ne sais pas pourquoi mais je l'avais emmenée en Australie. Je la laisse à la maison désormais.

La réponse semble évidente, mais c'est sans doute le trophée dont vous êtes le plus fier.
Evidemment… Une médaille olympique, c'est quelque chose d'immense. Quelque chose qui restera pour toujours. C'est incroyable de se dire qu'on est sur les "tablettes" du sport français.

Quels sont les souvenirs les plus forts qui vous reviennent à l'esprit quand on évoque les Jeux ?
Il y en a tellement. La cérémonie d'ouverture, c'était énorme, défiler dans le stade avec les autres athlètes, avec cette ambiance... Et puis il y a eu nos quelques jours passés au Village. Et notre vie au quotidien, dans les maisons près de Wimbledon. Entre nous, joueurs, mais aussi avec le staff de la Fédération, qui comprenait une douzaine de personnes, on a passé des soirées inoubliables. Nous dînions en suivant les exploits des autres sportifs français, ça criait de partout. Pendant la semaine que nous avons passé à Londres, c'était surtout les nageurs qui gagnaient des médailles. Le 4x100m masculin, Yannick Agnel, Camille Muffat, Florent Manaudou, je crois que je n'ai rien raté. Et chaque jour qui passait, on se disait que ce serait peut-être notre tour de monter sur le podium. Et puis il y a eu ce podium, justement, et nous quatre (Gasquet son partenaire, mais aussi Tsonga et Llodra médaillés d'argent) drapés du drapeau bleu-blanc-rouge, avec nos médailles autour du court ! C'était dingue. Le matin, avant d'aller au stade, nous étions tous très tendus, très émus, très excités. C'était un grand jour, on le savait.

Vous êtes allés chercher la médaille de bronze en battant les Espagnols Lopez et Ferrer. Ce jour-là justement, vous avez beaucoup parlé à Richard, qui ne voulait pas "finir à la place du c." comme il l'avait dit…
C'est vrai, j'ai beaucoup parlé à Richard sur le court ce jour-là. Cette médaille, on est allés la chercher ensemble. Lors des premiers tours, j'étais gêné par une pubalgie et c'est lui qui avait été le moteur de notre double. Lors de la petite finale, il s'est libéré après un début difficile. Il savait combien c'était important. Moi aussi…

Quelles ont été les retombées de cette médaille ? Sentez-vous que le regard sur vous a changé ?
Il n 'y a pas eu de retombées en terme de sponsoring, et assez peu de retombées médiatiques. Mais ça change tout pourtant. Quand on nous présente sur le court en France, le speaker précise qu'on est médaillé olympique et les gens apprécient. C'est une fierté personnelle. C'est aussi important vis-à-vis du sport français, de montrer que nous, les joueurs de tennis, nous appartenons nous aussi à la grande famille olympique. Le tennis, dans son ensemble d'ailleurs, a montré qu'il avait plus que sa place aux Jeux. On avait croisé les nageurs au Club France le jour de nos médailles, mais en vitesse. J'ai eu quelques messages de sportifs qui ne sont pas au programme des Jeux, comme le rugbyman Vincent Clerc ou le golfeur Thomas Levet. C'étaient des messages vraiment sympas, de félicitations, pas de jalousie. Ils se disent que peut-être, un jour, ce sera leur tour…

Ce succès collectif nous conduit à parler de la Coupe Davis. A ce jour, cela semble le trophée majeur le plus accessible pour vous, joueurs français…
Certainement. Je crois qu'on s'est tous rendus compte combien un succès partagé, ça pouvait être fort. Je ne rêve que d'une chose, c'est d'accrocher ma médaille de bronze sur le Saladier d'argent, ou sur sa réplique à la maison… Effectivement, ce qu'on a vécu à Londres peut nous aider à être encore plus soudés, encore plus forts en Coupe Davis.

La Coupe Davis, est-ce votre priorité absolue ?
Oui. Bien sûr il y a les tournois du Grand Chelem. En gagner un, c'est un rêve. Gagner la Coupe Davis, c'est aussi du domaine du rêve mais c'est palpable, on sait que c'est du domaine du possible. C'est mon objectif de fin de carrière.

Et gagner un titre ATP ? Même si ce n'est sans doute pas votre priorité numéro un, vous avez sans doute très envie de mettre fin à cette série de finales perdues (huit)…
Oui. Gagner un titre, ce serait bien, quand même. Mais je ne suis pas frustré par toutes ces finales perdues. Je ne les mets pas toute au même niveau. La défaite à Sydney face Nieminen en 2012 est la plus décevante. Là, je suis passé à côté. J'ai perdu de peu à Kitzbühel en 2009. Les autres matchs, je suis tombé contre des joueurs très forts. La dernière en date, à Rotterdam contre Del Potro, je fais un bon match. Mais lui est "top 10", moi 30e mondial… Honnêtement, ce n'est pas un blocage.

Un champion gère lui-même sa petite entreprise. Avez-vous pensé à ce que va devenir la votre après le tennis ?
Pas vraiment, même si j'ai 31 ans. J'aimerais rester dans l'univers du sport évidemment. Les médias m'attirent. Il faudra que je fasse des formations. Je veux prendre mon temps. Je pense aussi pouvoir travailler avec la Fédération. Coach à l'année, je ne crois pas, je me vois mal voyager à nouveau semaine après semaine. Mais je voudrais transmettre mon amour du maillot "équipe de France". J'ai vécu mes premières grandes émotions d'amoureux de sport lors de la finale de la Coupe Davis à Lyon, en 1991. J'étais dans les tribunes. J'ai gagné la Coupe de Galéa et la Sunshine Cup en équipe de France. La Coupe Davis est aujourd'hui une quête. J'ai une idée des valeurs que je voudrais léguer.

Une dernière question : que pensez-vous du projet de Modernisation du stade Roland-Garros ?
Il est indispensable. C'est un magnifique projet dont on a besoin. Il est primordial qu'il se fasse dans les meilleurs délais, avec l'ensemble des souhaits émis par la Fédération. Je pense au toit du court Philippe-Chatrier et à l'extension du stade dans les Serres d'Auteuil, mais aussi au nouveau Centre National d'Entraînement. C'est primordial pour la compétitivité du tennis français et du tournoi. Roland-Garros fait partie du patrimoine du sport français. Dans l'imaginaire collectif, il est au niveau du Tour de France ou des 24 heures du Mans, y compris pour les gens qui ne suivent pas le tennis. Bon courage à ceux qui défendent ce projet. Ils ne faut pas qu'ils lâchent, comme nous sur le terrain !

Retrouvez l'intégralité de cet entretien dans le prochain numéro de Tennis Info, à paraître fin mars

Recueilli à l'Open 13 de Marseille, par G.B.