| Fédération Française de Tennis

19/04/2017

L’exil pour l’amour du padel

N° 1 française et 98e mondiale de padel, Laura Clergue s’est installée en Espagne depuis le début de l’année, quittant son emploi d’ingénieur à Aix-en- Provence. Grâce à ses 5 heures d’entraînement quotidien, elle entend se donner les moyens de devenir professionnelle de la discipline.

Changer de vie pour ne rien regretter. Double championne de France de padel (2015, 2016), Laura Clergue, 26 ans, a choisi de quitter sa famille, son poste d’ingénieur dans une entreprise de transports et Aix-en-Provence pour aller tenter l’aventure en Espagne. Avec un seul but en tête : se donner les moyens de devenir professionnelle pour vivre de sa passion.

"J’avais été championne de Provence de tennis jusqu’à mes 14 ans et avec mes parents nous avions pensé qu’il était préférable que je continue ma scolarité traditionnellement lorsqu’il m’a été proposé d’intégrer un Pôle France. Je ressentais sans doute une petite frustration par rapport à cela, car j’ai toujours eu un goût développé pour la compétition. Finalement, après obtention de mon diplôme d’ingénieur, j’ai souhaité me remettre à la pratique du sport en compétition, et j’ai rapidement été attirée par le tennis, mais en double, car je volleyais plutôt bien et j’étais en quête de sensations collective", raconte Laura Clergue.

Des aptitudes qui l’ont logiquement menée au padel, sur les conseils de son frère avec qui elle a d’abord joué en mixte. C’était il y a « seulement » deux ans et demi. Une révélation, puisque les résultats ont immédiatement suivi : "Pour être honnête, j’ai eu la chance de démarrer la compétition avec une partenaire plus forte que moi. Audrey Casanova avait beaucoup plus d’expérience dans cette discipline, d’autant qu’elle avait été négative au tennis. Comme je ne voulais pas être un poids pour elle, je m’entraînais tous les soirs après le boulot." Mais pour franchir un palier, et s’approcher des meilleures mondiales, il n’y a pas 36 solutions. L’Espagne, qui compte plus de 2 millions de pratiquants, constitue la destination rêvée. À la mi-janvier, Laura Clergue a donc posé ses valises au Sport Center Manolo Santana, en périphérie de Madrid, pour évoluer sous les ordres de Gaby Reca, son coach franco-argentin, ancien n° 1 mondial de padel.

"Je ne savais pas exactement à quoi m’attendre, je me posais beaucoup de questions. Je voulais surtout voir si ce changement de vie allait me plaire, et si mon corps allait supporter ces séances quotidiennes", explique la n°1 française.

Car ici, elle s’entraîne environ 5 heures par jour à haute intensité (environ 2 heures de physique puis 2 heures de padel dans la foulée le matin en pré-saison, suivies de matchs d’entraînement l’après-midi). Pour tenir le rythme, la jeune femme s’échauffe puis s’étire longuement, surveille son alimentation, ne néglige ni les siestes, ni le sommeil ni la récupération. "Après quelques semaines, je suis vraiment ravie. J’évolue dans un club immense (5 pistes extérieures de padel et 5 intérieures) avec une piscine, des terrains de tennis, un restaurant. On peut tout faire sur place, se réjouit la Française. Et puis, ici il y a une véritable culture du padel, plus personne ne me demande, comme en France, si je pratique un sport aquatique ! Avec mon coach, ça se passe aussi très bien, j’ai énormément de chance de pouvoir bénéficier de ses conseils et de son expérience de champion au quotidien. C’est une personne que je respecte énormément. Je crois qu’il a apprécié mon parcours atypique, mon côté réfléchi. J’ai en plus la chance de m’entraîner aux côtés de Cata Tenorio, actuelle 13e joueuse mondiale, elle joue un rôle très important dans ma nouvelle vie. Elle m’a prise sous son aile, me donne énormément de conseils aussi bien techniques que personnels, qui sont très appréciables."

En quête de financements

Forcément, ce programme d’entraînement a un coût : environ 50 000 euros la saison, pour payer coach, logement, déplacements et autres frais. Laura bénéficie de l’aide de sponsors (entre autres l’équipementier Bullpadel qui compte sur la n° 1 tricolore pour entrer sur le marché français, la société Monte Carlo International Sport, propriétaire de l’académie où elle s’entraîne, son club français – le Country Club Padel –, la ligue de Provence ainsi que des sociétés privées telles qu’AddixWare, SmartTrade et Ekip- Padel). Pour dénicher d’autres soutiens, l’Aixoise raconte son aventure sur sa page Facebook sous la forme d’un « billet » hebdomadaire intitulé « Ma nouvelle vie madrilène » (www.facebook.com/lauraclergue padel), photos à l’appui : "Quand on figure dans les 10-15 meilleurs chez les hommes ou chez les femmes, les prize money deviennent intéressants, raconte la 98e mondiale. Mais dans le padel, cela marche aussi beaucoup avec le sponsoring privé via de la publicité sur le textile du joueur et les réseaux sociaux. Je pense aussi que le World Padel Tour a envie de voir de nouvelles têtes et plus seulement des Espagnoles ou des Argentines, ce qui peut probablement m’aider à trouver des sponsors."

Cette année particulière lui permet aussi de progresser en espagnol. "J’en ai fait au collège puis au lycée, mes parents ont vécu au Pérou, donc j’ai les bases pour assimiler assez vite. Mais heureusement, mon entraîneur Gaby parle bien français, ce qui lui permet de me traduire les consignes quand il voit qu’une nuance m’échappe", raconte Laura, 1,71 m, qui évolue à gauche, dans un rôle d’attaquante, quand sa partenaire de droite, tout en régularité, doit préparer le point.

D’abord installée chez l’habitant, Laura vient de trouver un appartement. Ravie de cette expérience, Laura Clergue aimerait évidemment la prolonger. "Je me laisse une année d’observation, si ça ne fonctionne pas, je reprendrai ma vie d’avant, d’ingénieur, précise la jeune femme, également passionnée par la pâtisserie. Je veux être certaine que faire du padel 4 heures par jour me plaira sur la durée et surtout que mon corps tiendra. Mais en même temps, j’ai tellement envie de vivre cette expérience du professionnalisme, que je vais me donner les moyens. J’aime tellement ma nouvelle vie que je serais très frustrée de l’arrêter au bout d’un an."

Baptiste Blanchet