Open d’Australie (juniors) : ''Beaucoup de maturité sur le terrain'' | Fédération Française de Tennis
Thierry Champion en observateur à Melbourne

22/01/2018

Open d’Australie (juniors) : ''Beaucoup de maturité sur le terrain''

©©FFT/Corinne Dubreuil

Jeunes

Les victoires de Jaimee-Floyd Angele, Hugo Gaston ou Clara Burel ont montré la voie à Melbourne. L’analyse de Thierry Champion, responsable du haut niveau à la FFT.

Thierry, Loudmilla Bencheikh vient de perdre face à la tête de série n°13, la Lettone Daniela Vismane (6/4, 6/3). Il y a de la déception, forcément, mais en termes d’expérience, faire un deuxième tour pour son premier Open d’Australie, c’est plutôt positif.
Ce n’est pas mal en effet. Et pourtant, elle perd 6/4, 6/3 et il y avait de la place pour gagner. Dommage, elle est trop tendue pour débuter sa partie, elle est breakée, elle revient, puis elle fait un mauvais jeu à 5-4… Dans tous les moments un peu chauds, c’est là que l’on a vu qu’elle manquait d’expérience. Elle s’est retrouvée un peu tendre et en face d’elle, elle avait une fille qui jouait les points comme il fallait, au moment où il fallait et finalement, c’est ce qui a fait la différence. Mais en termes de niveau de jeu, si on regarde, elle n’est pas si éloignée que ça d’aller passer ce tour.

On voit bien là l’importance pour la formation de venir ici une première fois pour se confronter à ce genre de moments chauds et à ce genre d’adversaires.
Bien sûr, c’est important. Avec toute la tournée car il y a eu le tournoi de Traralgon avant l’Open d’Australie, Loudmilla et les autres ont engrangé de l’expérience, elles ont fait des matches, cela leur permet de se confronter aux meilleures joueuses du moment : toute l’expérience passe par là. Après, on est en Grand Chelem, donc on est toujours déçu quand on perd, parce qu’on a envie de gagner. Je pense que Loudmilla avait dans sa raquette de quoi aller chercher cette partie, mais voilà, elle est juste un peu tendre encore. Et forcément pour le prochain Grand Chelem, à Roland-Garros, elle aura déjà cette expérience, qui va lui servir.

Dimanche, cela s’est mieux passé pour d’autres juniors français, à l’occasion de leur entrée en lice. Chez les garçons, Hugo Gaston et Jaimee-Floyd Angele sont ainsi passés en deux sets…
Pour Hugo, cela a été un peu plus facile (6/2, 6/0 contre l’Indien Siddhant Banthia). En même temps (sourire), il a peut-être un petit capital confiance qui s’est installé depuis l’Orange Bowl et sa victoire à Traralgon. Maintenant, le tableau va se durcir au fil des matches, mais il est prêt. Sur le terrain, il montre beaucoup de maturité, j’aime beaucoup ce qu’il fait. Honnêtement, je suis très impressionné, à un moment donné, on a beau dire des choses, mais c’est un peu factuel le tennis : quand on gagne, et c’est ce qu’il fait depuis maintenant un mois et demi, c’est quand même très important pour lui, pour nous. Là, on a quand même un “bon petit joueur“ avec nous. Maintenant, c’est un Grand Chelem et c’est celui-là qu’il faut gagner (sourire)

Jaimee-Floyd Angele a, lui, sorti la tête de série n°4, le Coréen Uisung Park (7/6, 6/4). C’est une belle performance.
Sur la rencontre, il m’a impressionné. Il est sorti des qualifications, donc lui aussi a engrangé des victoires et de la confiance, mais contre une tête de série comme ça, en Grand Chelem, il faut le sortir, le match ! Dans un autre registre et un style de jeu complètement différent de celui de Hugo, j’ai été très, très impressionné. Il est grand, c’est vrai (2,07 m), mais il utilise extrêmement bien son service et dans sa manière de tenir la rencontre face à un très bon joueur, j’ai adoré ce qu’il a produit sur le court.

Chez les filles, Clara Burel a également bien maîtrisé son match : deux sets (6/2, 6/3 en 56 minutes contre la Géorgienne Ana Makatsaria). On a l’impression que c’est presque facile…
C’est ça (sourire). Quand on la regarde jouer, on a l’impression qu’elle ne bouge pas, mais en fait, elle a un coup d’œil exceptionnel donc elle est toujours sur la balle. Elle est extrêmement fluide, elle a une facilité d’exécution et de jeu qui lui donne justement cette qualité de balle : elle la prend très tôt avec un minimum d’effort. Sa manière de jouer met en difficulté ses adversaires.

Pour celles et ceux qui ont malheureusement perdu, quel peut-être le message à retenir ? L’expérience ?
Le message, c’est que maintenant qu’ils ont perdu, ils vont quand même jouer les doubles, donc qu’ils en profitent un maximum encore, qu’ils aillent voir un maximum de matches. C’est super important. S’ils ont la chance de pouvoir aller voir jouer des matches du tableau seniors, qu’ils en profitent. Et après, qu’ils aillent voir tous les autres juniors. Car ce que je trouve flagrant par rapport aux tout meilleurs, et encore plus chez les filles, c’est qu’on a l’impression de voir des petit(e)s pros.

Un exemple ?
Marta Kostyuk. Elle s’est désinscrite du tournoi juniors, mais j’ai suivi son parcours des “qualifs“ jusqu’au troisième tour du grand tableau ici : on la voit jouer, on a l’impression que ça fait déjà dix ans qu’elle est sur le circuit. Rien n’est laissé au hasard. Physiquement, c’est extrêmement abouti alors qu’elle n’a que 15 ans, tennistiquement c’est très fort et puis mentalement aussi. Donc voilà, qu’elles et ils prennent du temps et s’inspirent de tout ça. On sait que pour y arriver, c’est très dur, mais il y a une chose qui est sûre, c’est la même règle pour tout le monde : le travail, le travail, le travail. En rentrant de cette tournée australienne, chaque fois qu’ils vont rentrer sur le terrain, il faut qu’ils se disent qu’ils ont énormément d’efforts à accomplir pour arriver au plus haut niveau.

(Propos recueillis par Myrtille Rambion, à Melbourne)

 

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