Souvenirs de champions - Thierry Tulasne | Fédération Française de Tennis

17/05/2017

Souvenirs de champions - Thierry Tulasne

Circuit pro

Dans Mon Espace Tennis, d'ex grandes raquettes du tennis français viennent raconter les moments forts et les péripéties de leur carrière. Après Jean-François Caujolle, place à Thierry Tulasne, l’une des figures marquantes de la génération Noah, avec Henri Leconte ou Guy Forget.

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Fasciné par Björn Borg, ce grand "lifteur" au revers à une main est tout d’abord devenu champion du monde juniors en 1980, avant de se hisser jusqu’à la dixième place mondiale, en 1986. Vainqueur de cinq titres sur le circuit, il a également représenté la France en Coupe Davis à douze reprises, notamment en 1982 lors du parcours des Bleus jusqu’en finale.

Reconverti entraîneur, il a accompagné des joueurs comme Paul-Henri Mathieu, Sébastien Grosjean lors de ses plus belles années, ou de nombreux espoirs. Il était également l’entraîneur de l’équipe de France de Coupe Davis, aux côtés de Georges Deniau, lors de son épopée victorieuse en 2001.

Quel est le joueur le plus fort que vous ayez affronté ?
Ivan Lendl. Je n’ai pas joué Borg, mais j’ai joué Vilas et Connors, et Lendl était plus fort. Il frappait très fort au service, en coup droit, en revers. C’était compliqué de ne pas subir contre lui. Il retournait également très bien. C’était un frappeur du fond du court comme le sont les joueurs d’aujourd’hui. Lendl était un précurseur, en fait.  

Le joueur dont vous étiez la bête noire ?
Leconte. Contre Henri, j’ai souvent gagné. J’avais pas mal de facilités face à lui alors qu’il a réalisé une meilleure carrière que la mienne. On a grandi ensemble depuis l’âge de 13 ans. Ses schémas de gaucher, je les connaissais par coeur. Et puis comme j’étais un bon passeur et que lui attaquait…

Etiez-vous un joueur très superstitieux ?
Non. Mais j’ai lutté contre ça car c’est un sentiment qui arrive forcément. J’ai décidé dès le début de ma carrière de ne pas tomber là-dedans. Je marchais sur les lignes par exemple. Bon, il y avait bien des petits trucs comme de reprendre la même douche dans le vestiaire tant que l’on gagne. Mais ça, ce n’est pas bien méchant.

Le joueur le plus fou de votre époque, sur le court comme en coulisses ?
Ilie Nastase. Incroyable dans les vestiaires, le soir au dîner, et évidemment sur le court. J’ai eu la chance au tout début de ma carrière de jouer en double avec lui, c’était fabuleux. Dans le même genre, j’ai joué contre Mansour Bahrami lorsqu’il disputait vraiment les tournois pros, et c’était injouable. Et puis face à Yannick (Noah), c’était très dur pour moi, parce qu’il me parlait tout le temps, il essayait de m’embrouiller, de me faire rire. Mais quand j’y pense, ils étaient quand même tous un peu fous finalement à mon époque : McEnroe, Connors, Dibbs, Teltscher…

Le joueur le plus mystérieux ?
Björn Borg. Il n’allait jamais dans les vestiaires. Il regardait par terre. Il ne dormait pas dans les mêmes hôtels que nous. Mais j’essayais de m’inspirer de lui. Quand il a arrêté sa carrière, j’ai participé à des exhibitions avec lui, je l’ai donc côtoyé. Il s’est ouvert tout d’un coup, en fait. On a enfin pu discuter. C’était un rêve d’enfant qui se réalisait.

Le moment de vie collective le plus fort dans votre carrière ?
C’est la campagne de Coupe Davis en 2001, équipe dont j’étais l’entraîneur avec Georges Deniau. Il y a eu une super communion, la victoire y est pour beaucoup évidemment, mais l’équipe s’est construite tout au long de l’année alors que ce n’était pas gagné au départ. Il y avait un clan Grosjean/Clément/Escudé et puis Pioline et Santoro qui, eux, ne s’entendaient pas du tout, mais qui ont joué en double. C’était une aventure très riche, avec Guy (Forget) qui est le parrain de mon fils, et Georges, qui avait été l’entraîneur de Guy, et dont je me suis beaucoup inspiré d’ailleurs.

Votre premier souvenir de prize-money ?
C’était avec les raquettes Marville. J’avais touché 10 000 francs. Ca été ma première paye dans le tennis. Après, j’étais plus obsédé par mes points ATP que par les dollars. Mon premier gain sur un tournoi ne m’a pas marqué tant que ça. Mais très jeune, à 14-15 ans, quand j’ai eu ce premier contrat de raquettes, je ne m’attendais pas du tout à ce que l’on puisse gagner de l’argent en jouant au tennis.
 
Votre raquette préférée  ?
La Donnay Borg qui est devenue la TT, la Thierry Tulasne. J’ai fait l’erreur comme Borg de tarder à passer au graphite et au moyen tamis. Je pense que j’ai perdu une année ou deux. Dès que j’ai changé, je suis monté dixième mondial.

Une tenue fétiche ?
Non, mais je jouais quasiment tout le temps en blanc, en Lacoste. Pour moi, le tennis est un sport de traditions. Même aujourd’hui, quand je commande des chaussures, je les prends en blanc. Quand Guy (Forget, directeur de Roland-Garros) me demande s’il faut un « dress code » à Roland-Garros, je lui dis oui, ça serait bien. Au moins un col !

Un court, un stade où vous vous sentiez forcément bien ?
Le court n°1 à Roland-Garros. J’ai été le premier joueur à y disputer un match officiel. C’était sur ce court que je me sentais le mieux. Sur le Chatrier, ça m’impressionnait. Il y avait beaucoup de stress mais, petit à petit, je l’ai quand même apprivoisé. Je m’étais inspiré de Borg qui arrivait à se mettre dans sa bulle. Mais quand tu es sur le Central, et qu’en plus, tout près de toi, tu vois Alain Delon ou Isabelle Adjani, c’est perturbant. C’était mes idoles de cinéma !

Votre meilleur souvenir sur un court de tennis ? Une victoire ? Un moment de grâce pendant un match ?
Le dernier set en finale à Barcelone en 1985 (contre Mats Wilander, victoire 0/6, 6/2, 3/6, 6/4, 6/0). Cela faisait 4 heures que l’on jouait et j’avais l’impression de ne pas être fatigué, de tout anticiper. J’avais gagné à Palerme quinze jours auparavant, atteint les demi-finales à Bordeaux, et là, je gagne à Barcelone dans une finale en cinq sets ! Après, j’ai sauté dans ma voiture et je suis remonté à Paris pour faire la fête avec mes copains. Je me suis tapé les mille bornes d’une traite. Pendant ce mois, j’ai eu l’impression d’être un avion. J’étais en confiance, je voyais clair  !

L’anecdote que vous n’avez jamais encore osé raconter…
En demi-finales de la Coupe Davis en Suède en 1987, Henri, très tendu, était en train de se faire massacrer par Edberg. Yannick nous dit "ce n’est plus possible, il faut faire quelque chose". Il lui remplit de deux bières un grand récipient et explique à Jean-Paul Loth, notre capitaine, de lui dire de boire ça cul sec. Henri s’exécute, rote un bout coup, et lâche, "waouh, ça fait du bien !" Et il est remonté à deux manches partout ! Malheureusement, il a perdu le cinquième set, mais l’effet bière en plein match avait quand même bien fonctionné.