Stéphane Troussel : ''Le tennis est la 2e discipline en Seine-Saint-Denis'' | Fédération Française de Tennis

10/05/2017

Stéphane Troussel : ''Le tennis est la 2e discipline en Seine-Saint-Denis''

Vie fédérale

Le tennis se porte bien en Seine-Saint-Denis. Mieux, il profite d’une politique volontariste de la part des clubs, de la ligue et du conseil départemental. Stéphane Troussel, président de ce dernier, revient sur un dispositif original ainsi que sur la place de son territoire dans la candidature de Paris à l’organisation des jeux Olympiques 2024.

Quel rapport entretenez-vous avec le tennis ?
J’ai joué au tennis quand j’avais une dizaine d’années, au sein de l’école municipale des sports de La Courneuve. C’était, certes, un sport individuel, mais il y avait beaucoup d’activités collectives autour, ce que j’appréciais beaucoup. Ensuite, j’ai fait de la natation. L’activité physique est importante et, aujourd’hui, je suis revenu au vélo. Bien entendu, comme tous les adolescents des années 1970-1980, j’ai vibré aux exploits de Yannick Noah à Roland-Garros. Étant bon élève, j’avais assez de temps durant la période de mai-juin pour pouvoir me mettre devant la télé et regarder les Internationaux de France. Aujourd’hui, mes amis de la ligue de tennis de Seine-Saint-Denis m’invitent pour voir des matchs. J’ai beaucoup apprécié ceux que j’ai pu suivre à Roland-Garros ces dernières années. Cela permet de passer un moment avec les sportifs du département et les responsables sportifs locaux.

Menez-vous une politique spécifique en faveur du développement du tennis dans votre département ?
En Seine-Saint-Denis existe un partenariat entre l’institution départementale et les responsables du tennis. Nous avons 56 clubs pour un peu plus de 14 000 licenciés, ce qui fait du tennis la deuxième discipline sportive du département. Nous avons monté un projet de territoire, porté avec la ligue, avec des objectifs communs : soutien au tennis pour le plus grand nombre, formation des officiels, amélioration de l’accueil de tous les publics. Nous sommes attachés au sport adapté et au sport féminin. C’est un projet de territoire qui fonctionne bien et que l’on met souvent en avant. Il se distingue par ailleurs par un dispositif Haut Niveau 93, assez unique en France, qui permet aux jeunes champions d’accéder à une carrière professionnelle, mais aussi de bénéficier d’un soutien dans leur parcours scolaire. C’est un double projet, qui mobilise des moyens importants, avec un partenariat qui fonctionne en réseau, autour de l’action de quatre clubs (Bondy, Montfermeil, Le Blanc-Mesnil et Tremblay) et piloté par le comité départemental. Cela assure un bon maillage sur l’ensemble du territoire. Il existe des conventions entre chaque club et le département, et entre chaque sportif et son club formateur. Grâce à ce travail de mutualisation, le comité départemental obtient de bons résultats au niveau national.

Comment concilier un sport comme le tennis, qui a encore parfois une image élitiste, avec un territoire comme la Seine-Saint-Denis ?
Cette cohabitation est justement une bonne illustration de ce qu’est vraiment la Seine-Saint-Denis. S’il y avait un exemple à donner montrant que le département est bien loin des caricatures régulièrement véhiculées, ce serait précisément la place et le poids du tennis sur son territoire. On est capable de développer à la fois l’excellence du haut niveau et le sport pour tous, pour des publics très différents, venus de toutes les catégories sociales, dans des villes aux caractéristiques diverses. D’ailleurs, en discutant avec vous, je me dis que je devrais plus souvent prendre cet exemple pour parler de la réalité de ce qu’est la Seine-Saint-Denis.

La réalité de la Seine-Saint-Denis, ce sera peut-être l’accueil des jeux Olympiques de 2024. Pourquoi le département s’est-il lancé dans l’aventure de la candidature olympique aux côtés de Paris ?
Dès que la question s’est posée, j’ai dit à Anne Hidalgo, maire de Paris, l’intérêt que cela pouvait avoir pour notre département. Nous sommes à un moment charnière de la vie de la Seine-Saint-Denis. Il y a un certain nombre de difficultés bien réelles, mais ces dernières années, nous avons connu des dynamiques de transformations urbaines, culturelles, économiques, sociales et sportives. Même si un certain nombre de personnes ne les voient pas, il devient à la mode pour un grand chef d’entreprise, un sportif ou un ministre de passer par la Seine-Saint-Denis. À l’échelle du Grand Paris, les disponibilités foncières, le tiers des gares du Grand Paris express, la présence de deux aéroports, la jeunesse de la population, font qu’il y a une ouverture au monde. Nous sommes un des territoires les plus créateurs d’entreprises du pays. Pendant des années, les acteurs engagés dans le territoire étaient les seuls à le penser, à le voir et à le dire. Désormais, je sens bien qu’il y en a d’autres qui s’en rendent compte. Quand la question de la candidature de Paris s’est posée, d’emblée Anne Hidalgo a voulu écrire une page nouvelle du destin commun entre nos deux territoires, pour lutter contre la fracture territoriale, pour incarner ce que peut être la ville durable de l’après COP21.

La participation de la Seine-Saint-Denis à cette candidature a une portée qui dépasse largement le sport…
Oui, j’ai saisi cet enjeu en me disant que c’est une manière d’accélérer les transformations du territoire. J’ai mobilisé les équipes du département, j’ai créé une mission ad hoc, dirigée par mon ancien directeur de cabinet. J’ai dégagé près de 68 millions d’euros pour soutenir la rénovation et la création des équipements nécessaires. Nous avons adopté 24 actions pour 2024 qui doivent irriguer l’ensemble de nos politiques – culturelles, éducatives, sportives. C’est un projet fédérateur qui rassemble l’ensemble du territoire. Cela accélère nos investissements, mais aussi les dynamiques urbaines et sociales. C’est un élément qui permet d’accélérer la transformation de l’image de la Seine-Saint-Denis. Notre département s’est imposé comme une évidence dans cette candidature. Dans une candidature, il y a toujours une histoire à raconter. Souvenez-vous de Londres 2012, ce Londres populaire, jeune, à la pointe de l’innovation. À l’échelle du Grand Paris, c’est la Seine-Saint-Denis qui joue ce rôle. La candidature de Paris est un atout pour la Seine-Saint-Denis, et la Seine- Saint-Denis est un atout pour la candidature.

 

Propos recueillis par Jean Damien Lesay