
2008 : Tsonga comme à la maison
Au terme d'un parcours remarquable, Jo-Wilfried Tsonga est devenu le 3e Français à s'imposer au POPB.
14/10/11 - 15:12
Il avait débuté l’année 2008 en trombe, finaliste à l’Open d’Australie. Il l’a achevée en apothéose en remportant le BNP Paribas Masters, le premier ATP Masters Series de sa carrière. Entre ces deux épisodes glorieux, Jo-Wilfried Tsonga a connu une demi-saison quasiment blanche, gâchée par une blessure au genou droit qui l’a contraint à l’opération le 27 mai… pendant Roland-Garros. Fauché ainsi en plein vol, il aurait pu céder au découragement. Mais ce colosse au pied d’argile a de la ressource. Il a vécu trop de galères durant ses jeunes années pour baisser les bras à la moindre contrariété.
Il fait donc l’impasse sur les Internationaux de France, puis Wimbledon. Il prend ensuite le temps nécessaire pour se reconstruire et signe son « come back » juste avant l’US Open, en pleine tournée américaine. Ses premiers pas sont naturellement hésitants. Mais très vite le Tsonga guerrier, combattant, qui s’était révélé en Australie, à Melbourne Park quelques mois auparavant, est de retour.
Il ouvre son palmarès en Thaïlande, à Bangkok, où il domine coup sur coup Gaël Monfils en demie et Novak Djokovic, le numéro 3 mondial, en finale. La machine est lancée. « Jo » débarque à Paris avec le statut de tête de série n°13 et… l’envie de tout casser. Mais il n’est pas le seul. Même si les organismes des champions fatiguent en cette fin de saison, les douze meilleurs joueurs du monde sont au rendez-vous du tournoi parisien. Tout comme le public, accouru en nombre tout au long de la semaine, avec un nouveau record d’affluence porté à 112 873 spectateurs.
Ce chiffre exceptionnel est également le fruit d’une audacieuse politique de billetterie. Le BNP Paribas Masters propose en effet une offre élargie avec l’instauration d’une double session (matinée / soirée) sur trois journées, les mercredi 29, jeudi 30 et vendredi 31 octobre. « Cette approche complètement différente contribue à renforcer le côté « spectacle » et festif des sessions du soir, tout en offrant au plus grand nombre l’accès au tournoi, explique Jean-François Caujolle, le codirecteur du tournoi. Nous voulons également dépasser le simple cadre du spectacle sportif dans lequel nous nous sommes situés jusqu’à présent pour devenir un événement au sens large. »
Si les favoris franchissent les premiers tours sans encombre, Tsonga connaît, lui, un décollage laborieux. Radek Stepanek (28e à l’ATP), son premier adversaire, lui rend la vie difficile. Le Tchèque, décidément toujours inspiré à Paris, compte même un break d’avance dans le troisième set. Mais le Manceau s’accroche et passe ce premier écueil après plus de deux heures de jeu. La suite s’annonce tout aussi compliquée, puisque Novak Djokovic, le numéro 3 mondial, l’attend dès les huitièmes de finale.
Là encore Tsonga souffre, s’arrache et s’en sort à l’énergie, celle que n’ont cessé de lui insuffler les spectateurs du POPB. « Aujourd’hui, Bercy, c’était ma maison, déclare-t-il sur le court après sa victoire. Il fallait mon autorisation pour entrer. Là, j’avais décidé de ne pas la donner ! »
En quart, l’Américain Andy Roddick (7e) ne sera pas davantage invité à y pénétrer. Ce n’est pourtant pas faute d’avoir essayé. Dans un grand jour, l’Américain frappe sur tout ce qui bouge. Ses services dépassent allègrement les 220 km/h. Comme il en a pris l’habitude depuis le début du tournoi, Tsonga plie… mais ne rompt pas. Débordé au premier set, il sauve la bagatelle de dix balles de break au deuxième pour rester dans la partie. Andy Roddick est encore le premier à réussir le break au troisième. Mais Tsonga est toujours là. Il recolle immédiatement au score. Et lui claque la porte au nez. Sans préavis. « Pendant deux sets, Jo a passé plus de temps à fermer les volets de la maison qu’à faire autre chose », illustre joliment Eric Winogradsky, le coach du Manceau.
Cet authentique chef d’œuvre de 2 h 39’ permet d’oublier un début de journée pour le moins morose. Un peu plus tôt en effet en ce vendredi 31 octobre, les numéros 1 et 2 mondiaux ont quitté l’épreuve pour raisons médicales. Dos bloqué, Roger Federer renonce à disputer son quart de finale face à James Blake. Quant à Rafael Nadal, ce sont ses genoux en feu (tendinites) qui le forcent à se retirer au bout d’un set face au Russe Davydenko. « J’ai vu Roger cinq minutes avant mon match dans les vestiaires, confie l’Espagnol après son abandon. Il m’a dit qu’il avait mal au dos et je lui ai répondu : Je suis dans le même état que toi. Peut-être que l’on va rentrer à la maison ce soir tous les deux… »
Délesté de la présence des numéros 1 et 2, Jo-Wilfried Tsonga n’en a pas fini pour autant avec ses travaux d’Hercule. Toutefois, après trois premiers matches au forceps, tous remportés en trois sets, le Français s’offre un court répit face à James Blake (11e). Pris de vitesse, bousculé par la puissance de son adversaire, l’Américain ne parvient pas à exister en demi-finale.
Ce ne sera pas le cas de David Nalbandian (8e) en finale. En quête d’un doublé inédit à Bercy, le taciturne Argentin affiche depuis le début de la semaine une confiance inébranlable. Del Potro et Murray, pourtant en grande forme, ont été laminés en deux manches. Seul Davydenko lui donne du fil à retordre en demie.
Pourtant, une fois n’est pas coutume, Tsonga fait la course en tête. Le premier set en poche, il se fait certes reprendre. Mais au troisième, c’est bien lui qui sert pour le match à 5-4. La délivrance est proche. La fatigue aussi… Tendu, « Jo » se retrouve mené 0-40 sur sa mise en jeu. De l’audace, du culot et son incroyable mise en jeu (25 aces sur l’ensemble de la partie) le tirent de ce mauvais pas. Une fois encore, sa faculté à forcer son destin fait la différence au moment crucial.
En pleurs sur le court central devant la standing ovation d’un public français tout émoustillé, Tsonga réussit un joli coup double. Il devient non seulement le troisième Tricolore à inscrire son nom au palmarès du tournoi (après Forget en 1991 et Grosjean en 2001), mais décroche en plus sa qualification pour la prestigieuse Masters Cup de Shanghai, grâce à sa 7e place mondiale obtenue au lendemain de son sacre.
Jo-Wilfried Tsonga n’est pas le seul Français à profiter du BNP Paribas Masters pour glaner un billet pour la Masters Cup. C’est aussi le cas de Gilles Simon. Finaliste à Madrid quelques jours auparavant, le Niçois, éliminé en huitième de finale au BNP Paribas Masters, pointe alors au 9e rang mondial. En ce mois de novembre 2008, ils sont donc deux « Frenchies » dans le Top 10, ce qui n’était plus arrivé depuis vingt ans (Noah, 8e, Leconte, 10e, le 3 octobre 1988)…
Dans un premier temps, Gilles Simon est invité en qualité de remplaçant à Shanghai. Mais le forfait de Rafael Nadal pour l’épreuve chinoise lui permet de figurer parmi les « Maîtres ». Une invitation qu’il saura honorer en se hissant jusqu’en demi-finale.