02/03/16 - 20:30

Parmi les millions de personnes qui suivront avec intérêt la rencontre de Coupe Davis France-Canada,  il en est une qui attend ce rendez-vous avec plus d'impatience que les autres. Roger Bambuck se réjouit d'avance que le match ait lieu en Guadeloupe, son île natale. L'ancien détenteur du record du monde sur 100 mètres (10 secondes en 1968), et secrétaire d'Etat à la Jeunesse et aux Sports de 1988 à 1991, voit dans cet événement une occasion de mettre en avant les atouts de la Guadeloupe et – pourquoi pas ? – de faire éclore de futurs talents tennistiques. Echanges…

Quels sont vos rapports avec le tennis ?

Une fois ma carrière d'athlète terminée, j'ai fait du tennis comme M. Tout-le-Monde, pour voir à quoi cela ressemblait. J'ai disputé deux matchs, pour être exact, et bien évidemment je les ai perdus tous les deux. En tant que spectateur, en revanche, j'ai eu l'occasion à plusieurs reprises d'aller voir des tournois de plus ou moins grande importance et j'y ai toujours éprouvé du plaisir. Un jour, je suis allé voir jouer un copain, professeur de tennis, mais mon arrivée l'a tellement déstabilisé qu'il en a perdu son jeu.

Lorsque vous étiez secrétaire d'Etat aux Sports, quelles relations avec vous entretenues avec le tennis ?

J'avais beaucoup de respect et d'admiration pour Philippe Chatrier, alors président de la FFT. Il a fait un travail extraordinaire à la fois pour le tennis français et pour le tennis mondial. Sans sa vision et sa manière de faire, je ne sais pas ce que serait devenu ce sport aujourd'hui. Il y avait alors une énorme concurrence pour savoir qui allait mettre la main sur l'organisation des compétitions internationales. Philippe Chatrier ne s'est pas dispersé. Il a concentré son action sur les tournois du Grand Chelem et le Masters et a fait en sorte que ces tournois ne tombent pas dans l'escarcelle de ceux qui ne voulaient qu'un tennis-spectacle.

A quelques mois près, vous auriez pu fêter la victoire de la France en Coupe Davis dans votre costume de secrétaire d'Etat…

 
Oui, en 1991, l'épopée de l'équipe de France  et la victoire en Coupe Davis se sont déroulées juste après mon départ du ministère. Je l'ai regretté, ils auraient pu faire ça pendant que j'étais encore en poste, ça m'aurait bien fait plaisir (rires). Vous vous rendez compte de l'événement que cela a été, la France gagnait la Coupe Davis 60 ans après, c'était impressionnant !

 
Comment avez-vous réagi en apprenant que la rencontre France-Canada allait se dérouler dans votre île natale, la Guadeloupe ?

Spontanément, j'ai trouvé que c'était une excellente idée. Cela montre que la Guadeloupe c'est aussi la France. Ensuite, la Guadeloupe a eu des résultats dans beaucoup de sports, pour ne pas dire dans tous, y compris en tennis. C'est une très bonne propagande pour montrer que ce sport peut être pratiqué à un haut niveau là-bas.

Quelle est la place du tennis en Guadeloupe ?

Quand j'étais encore en Guadeloupe, le tennis jouissait d'une très bonne image dans toutes les catégories de la population. Comme cela s'est passé en métropole, l'accès était apparemment réservé à certaines personnes, mais dans la réalité il n'en était rien, le tennis était largement ouvert à tous. Ce que je souhaite, et j'ai l'impression qu'ils en prennent le chemin, c'est que les responsables du tennis local se donnent les moyens d'attirer l'ensemble de la population à pratiquer ce sport merveilleux, qui est complet et peut être pratiqué comme un jeu ou à très haut niveau voire au niveau professionnel. La ligue fait des efforts pour faciliter les échanges de jeunes. J'ai eu l'occasion de voir des jeunes de la Guadeloupe venir participer à des tournois en métropole, c'est une très bonne chose.

Justement, que dites-vous à ces jeunes quand vous les croisez ?

Je leur rappelle que le haut niveau, puisque tout le monde n'a que ce mot-là à la bouche, est réservé aux meilleurs. Donc la première chose qu'il faut, c'est être meilleur chez soi avant d'aller se confronter aux autres en sortant de chez soi. Nous sommes dans la zone des Caraïbes et il y a de la concurrence avec toutes les autres îles. Les relations commencent même à se développer avec Cuba.

Quel impact la rencontre France-Canada peut-elle avoir sur le développement du tennis en Guadeloupe ?

C'est un bon investissement et pour la Guadeloupe, qui pendant tout l'événement va être regardée par le détail, et pour le tennis, qui pourra se développer dans ce département. Il n'y a aucune raison pour que Gaël Monfils soit le seul tennisman issu de la Guadeloupe. Il peut y avoir d'autres Gaël Monfils, j'en suis persuadé.

Que pensez-vous du vélodrome Amédée-Detraux, où va se tenir la rencontre ?

C'est un stade de très bonne qualité qui a déjà reçu nombre de manifestations nationales et internationales. Il a l'habitude de ces grands événements. Au niveau des conditions matérielles, il n'a rien à envier à une autre localisation. De plus, les spectateurs venus de métropole pourront bénéficier du merveilleux climat de la Guadeloupe, cela ne souffre pas de contestation.

 

En 1991, sous le capitanat de Yannick Noah, la France, emmenée par Guy Forget et Henri Leconte, gagnait sa 7e Coupe Davis, 59 ans après la dernière victoire des Mousquetaires en 1932.

Né à Paris, Gaël Monfils a un père guadeloupéen et une mère martiniquaise.