28/06/17

Pour l'un comme pour l'autre, tout a commencé dans le Nord de la France, près de Dunkerque. C'est à l'âge de huit ans que la déjà grande Kristina et le petit Lucas découvrent tous les deux le tennis. Un peu par hasard. Kristina, fille d'un papa handballeur et d'une maman volleyeuse, a déjà tâté d'autres sports ; Lucas, lui, joue plutôt au football. Mais quand ils optent finalement pour la petite balle jaune, ils s'y arrêtent. Définitivement.

Bien leur en prend : des qualités sont rapidement repérées, des deux côtés. C'est sur les courts du club de Malo-les-Bains que Kristina, qui dépasse les autres enfants de quelques centimètres, tape ses premières balles. Lucas, lui, débute à Loon-Plage, club auquel il est resté fidèle. Une petite vingtaine de kilomètres seulement sépare les deux complexes.

"A 8 ans, elle affichait déjà des aptitudes à aller vraiment loin"

La ligue des Flandres pose rapidement – et logiquement – son regard sur l'une et sur l'autre. Moins d'un an les sépare - Kristina est de mai 1993, Lucas de février 1994. "Il était facile de se projeter sur Kristina, se souvient Frédéric Jonas, qui était alors conseiller technique départemental à la ligue. Elle était très talentueuse, douée, avec une belle qualité de frappe, ça se voyait tout de suite. Elle a fait partie des meilleures très vite. Même si rien n'est jamais acquis, elle affichait déjà des aptitudes à aller vraiment plus loin. Lucas, lui, était très travailleur, très sérieux, avec également une vraie qualité de frappe. Il faisait partie des espoirs, mais il a éclos un peu plus tard que Kristina, vers 11-12 ans."

Mais au-delà des qualités tennistiques, chacun des deux avait surtout déjà ce petit plus qui fait la différence. "Ils avaient déjà tous les deux en commun l'amour du jeu, poursuit Frédéric Jonas. Ils étaient très travailleurs et avaient la même approche de la compétition, avec une véritable envie d'en découdre. Ils avaient aussi en eux tous les deux le plaisir de voyager et de découvrir des compétitions à l'extérieur, ce qui n'est pas toujours le cas chez les très jeunes."

"Lucas, c'était déjà la force tranquille !"

Côté famille, les parents veillent, chacun à leur manière. Kristina a baigné dans le sport de haut niveau. Dragan, handballeur professionnel, champion olympique et ancien coéquipier à Nis en Serbie de Branko Karabatic - papa emblématique de Nikola et Luka – et Dzenita, volleyeuse, connaissent par cœur ce milieu exigeant. Autour de Lucas, Lena et Pascal sont des parents attentifs pour lesquels le haut niveau n'est pas une fin en soi. "Kristina avait déjà en elle, naturellement, cette rigueur et un état d'esprit qui parfois dénote en France mais qui permet aussi d'avancer, poursuit Frédéric Jonas. Lucas, lui, était en pleine découverte du milieu professionnel. L'approche de la carrière n'était logiquement pas la même dans sa famille. Ses parents étaient complètement axés sur le bien de leur enfant. Les résultats n'étaient pas une obligation. Mais malgré ces différences culturelles, ils avaient déjà tous les deux le 'fighting spirit', une très grosse envie et l'amour de la gagne. Cela se traduisait déjà de façon plus expressive chez Kristina. Lucas, c'était déjà la force tranquille !"

Trois fois par semaine, Lucas et Kristina commencent à s'entraîner ensemble, sous la houlette de la ligue, avec d'autres jeunes, alors de leur niveau. Mais ces deux-là vont rapidement partir voguer sous d'autres cieux que ceux de la mer du Nord. Kristina part à Paris, au Centre national d'entraînement, tandis que Lucas rejoint le pôle espoirs de Poitiers. Ils ont alors une douzaine d'années, Rafael Nadal commence à régner sur Roland-Garros et leur trajectoire de futurs champions se met vraiment en route. Tout va alors s'enchaîner, plutôt vite. En 2007, Kristina Mladenovic est sacrée championne de France 13-14 ans ; Lucas l'imite un an plus tard.

Un Grand chelem en ligne de mire

En 2009, Kiki, qui a également brillé sur le circuit juniors international, contrairement à Lucas - lequel s'est toutefois rattrapé dans les compétitions européennes par équipes -, fait ses premiers pas sur le grand circuit, grâce à une wild-card pour l'Open d'Australie. C'est également à Melbourne que Lucas Pouille découvre les grands tableaux, mais seulement en 2013. Il a alors déjà rencontré Emmanuel Planque qui, au delà de son rôle de coach, devient aussi celui qui veille sur lui. Alors que la famille de Kristina ne rate pas une occasion de voyager avec elle, celle de Lucas préfère rester à la maison.

Avant d'arriver à leur niveau actuel, ces deux-là ont aussi déjà connu les coups d'arrêts, les blessures et les doutes qui y sont souvent liés. Des coups durs qu'ils ont su surmonter, dépasser. A force de travail, de rigueur, de patience, ils ont multiplié les performances, intégré le Top 100, puis le Top 50, puis le Top 20 mondial, confirmant les espoirs qui étaient portés sur eux depuis toutes ces années. Conservant son année d'avance, Kristina a atteint les quarts de finale de l'US Open en 2015, Lucas l'imitant en 2016, avec cette victoire marquante sur Rafael Nadal.

Et aujourd'hui, on parle d'eux pour de futures victoires en Grand Chelem. "Je leur souhaite vraiment d'y arriver, conclut Frédéric Jonas. On ne s'est jamais dit, quand ils avaient huit ans, qu'ils en arriveraient forcément là. Car une fois encore, rien n'est jamais acquis. Pour les deux, il s'agit d'une réussite incroyable. Quand je pense qu'ils viennent tous les deux de Dunkerque, qu'ils étaient là en même temps, qu'ils ont suivi une formation semblable... C'est particulièrement touchant."

Pour que l'histoire soit totalement belle, il ne reste plus à "Kiki" et Lucas, ces deux enfants du Nord aux trajectoires exceptionnelles, qu'à atteindre cet objectif. Et puis il y a l'équipe de France... Kiki a déjà touché de près le Graal de la Fed Cup lors de la finale 2016 à Strasbourg. Lucas et ses copains, eux, rêvent du Saladier d'argent dès 2017...

(Estelle Couderc)