11/02/16 - 13:30

"La France sera l’une des équipes qui comptent en Fed Cup ces prochaines années." Beau joueur, Corrado Barazzutti, à l’heure de saluer cette équipe de France qui, pour la seconde fois de suite, vient d’expédier son Italie, quadruple lauréate de l’épreuve ces dix dernières années, en barrages. Il faut dire que si la France ne possède pas une armada du type République Tchèque aujourd’hui, Italie et Russie hier ou… France avant-hier (souvenez-vous, Amélie Mauresmo, Mary Pierce, Nathalie Dechy, Tatiana Golovin…), les raisons de croire à une troisième Fed Cup tricolore ces prochaines années ne manquent pas. Voilà pourquoi.

Une dynamique porteuse…

Amélie Mauresmo en est à sa 4e campagne en tant que capitaine. A ce jour, elle n’a connu que 2 défaites (une inaugurale contre l’Allemagne en février 2013, et la demi-finale de Groupe Mondial contre la République Tchèque l’an dernier). Entretemps, l’équipe de France sera passée des barrages pour ne pas descendre en troisième division aux portes de la finale de la Fed Cup, battant au passage le Kazakhstan de Shvedova, la Suisse de Bencic et Bacsinszky, les USA de Stephens et Keys et, deux fois, l’Italie d’Errani et Giorgi.

Et si la victoire acquise contre l’Italie à Gênes l’année passée était réellement un exploit, celle de Marseille la semaine passée répond à la plus implacable des logiques. Aujourd’hui, Kristina Mladenovic et Caroline Garcia, les deux fers de lance tricolores, sont plus fortes que Sara Errani (au moins sur dur indoor dans le cas de celle-ci) et Camila Giorgi, les titulaires en équipe d’Italie ces dernières saisons. "A ce stade, c’était peut-être la rencontre la plus aboutie de mon capitanat, estime même Amélie Mauresmo. L’an dernier, nous l’avions échappé belle au premier tour. Là, c’était plus posé, plus net. Sur une deuxième demi-finale de Fed Cup de suite, on ne peut plus parler de hasard ou de chance. Nous sommes à notre place."

… et des perspectives prometteuses

Les premières années de capitanat d’Amélie Mauresmo auront vu la constitution d’un groupe soudé, en même temps que l’éclosion de Kristina Mladenovic et Caroline Garcia, deux jeunes joueuses à fort potentiel dont la capitaine et son staff savent tirer le meilleur. Avec une Alizé Cornet dont la précocité fait parfois oublier qu’elle a tout juste 26 ans, la France présente l’effectif le plus jeune de l’ensemble du Groupe Mondial (23,3 ans pour ce trio, et 23,8 si l’on considère l’ensemble des joueuses intégrées au groupe lors de ces deux dernières campagnes, soit également Pauline Parmentier et Océane Dodin).

Un groupe jeune, mais déjà expérimenté, ayant vécu de grandes émotions ensemble en Fed Cup… et progressant individuellement sur le circuit : "Nous avons une belle équipe, et surtout une équipe qui arrive à maturité – je pense même que nous avons encore une marge de progression conséquente, juge Amélie Mauresmo. C’est forcément encourageant pour les prochaines années." "Plus nous progressons individuellement dans nos carrières, plus nous progressons en tant que groupe, estime de son côté Mladenovic. Nos progrès aux unes et aux autres renforcent l’équipe de France, tandis que l’équipe de France nous apporte en retour de l'expérience et du vécu d'émotions uniques."

Caroline Garcia, miss Fed Cup

9 victoires, 3 défaites (7/3 en matchs à enjeu) : Caroline Garcia est clairement une joueuse de Fed Cup. A 22 ans, son CV dans l’épreuve a déjà fière allure, des 3 points de la remontée inscrits face aux Etats-Unis en 2014 aux deux points décisifs inscrits contre l’Italie à Marseille, sans oublier ceux du dimanche de Gênes en 2015. Or, en compétition par équipes nationales, les débuts sont particulièrement importants tant ils définissent les rapports que la joueuse (ou le joueur) entretiendra toute sa carrière durant avec la compétition.

Dans le cas de Caroline Garcia, pas de doute à avoir : la Lyonnaise adore ça, et s’y sublime. "Il faudrait que je demande à jouer tout le temps en bleu vu les bons matchs que je fais en Fed Cup", sourit-elle, avant d’avancer : "Ce sont des conditions différentes avec quelqu’un sur le banc qui peut te calmer, t’aider et te recadrer quand tu commences à sortir du match. Ça m’aide à garder les idées claires. Je fais mon match, je me libère et je m’amuse." Et les adversaires dégustent.

Kristina Mladenovic, double assurance

Avec 10 victoires pour 3 défaites (et 4-3 dans les matchs à enjeu), Kristina Mladenovic est à peine moins prolifique que Caroline Garcia en équipe de France. Le point décisif contre la Suisse en 2014, c’est elle (et Alizé Cornet) ; le déclic de Gênes l’an passé, c’est encore elle. A Marseille, pour sa première en position de n°1 de l’équipe, la Nordiste s’est battue autant contre elle-même que contre ses adversaires italiennes, mais a trouvé les ressources pour gommer son revers initial contre Giorgi en remportant le match des n°1 devant Errani. Amélie Mauresmo a apprécié la réaction d’orgueil à sa juste valeur : "Il y avait énormément de tension chez ‘Kiki’ suite à sa désillusion de la veille, mais elle a tenu, tenu, tenu, jusqu’à faire craquer Errani la première." Ou, comme l’analyse l’intéressée : "La Fed Cup est particulière car un match perdu le samedi ne signifie pas que tout est terminé jusqu'à la semaine suivante. Il faut s'y remettre tout de suite, retourner taper la balle, discuter avec le staff pour débriefer, et puis revenir sur le terrain en acceptant que les soucis d'hier soient encore là, mais faire abstraction et y aller."

L’autre apport de Kristina Mladenovic sur le terrain, c’est évidemment lorsque sonne l’heure du cinquième match : en double, la n°5 mondiale de la spécialité est toujours invaincue en 8 rencontres de Fed Cup. Peu importe la partenaire (Garcia, Cornet, Parmentier, Foretz ou Razzano), peu importe que le match soit décisif ou non, Mladenovic met un point d’honneur à gagner, et s’affirme ainsi comme le pilier de l’exercice en équipe de France.

Que manque t-il encore aux Bleues, alors ?

Aujourd’hui, la France confirme son retour parmi le Top 4 mondial, et c’est en soi un jalon d'importance pour une équipe dont la dernière demi-finale dans l'épreuve remontait auparavant à 2007. Reste que dans une compétition verrouillée depuis plus d’une décennie par, tour à tour, la Russie, l’Italie et la République Tchèque, il serait un brin prématuré de parler tout de suite de victoire finale : la France ne possède ni le réservoir italien des grandes années, ni les multiples gagnantes en Grand chelem russe (Kuznetsova) ou tchèque (Kvitova) – du moins pas pour le moment, à ce stade de la (jeune) carrière de "Caro" et "Kiki"…

Ce qui n’empêche pas dans un premier temps d’avoir pour objectif concret une première finale dans l’épreuve depuis 2005 et les années Mauresmo-Pierce : "L’an dernier, pour notre première demie, nous avions pris une petite ‘claque’ logique face aux Tchèques, reprend la capitaine. Cette fois, nous jouerons une équipe a priori moins forte, les Pays-Bas. Même si toutes les rencontres sont difficiles à aller chercher, c’est une demie concrètement jouable. Il s’agira d’éviter le péché d’orgueil mais pour notre deuxième demie de suite, nous avons logiquement envie de voir plus loin que l'an dernier..."

(Guillaume Willecoq)