28/01/12

Les Australiens –ou peut-être les Australiennes…- l’ont surnommé, allez savoir pourquoi, "le David Beckham de l’arbitrage". Et cela fait bien rire Pascal Maria. Mais à moins que Becks ait tout soudain appris à parler la langue de Molière avec une pointe d’accent niçois, sorry guys, mais l’arbitre choisi pour présider la finale messieurs de l’Open d’Australie 2012 est bien "à nous". Ce presque quadra ("38 ans, bientôt 39") qui a arbitré son tout premier match alors qu’il n’avait que quinze ans "parce que mes talents tennistiques étaient assez limités et que c’était une façon d’arrêter de resquiller pour aller voir du tennis", plaisante-t-il, est un peu plus de 20 ans plus tard devenu l’un des tout meilleurs arbitres au monde. Et s’apprête, ce dimanche, à officier dans sa neuvième finale en Grand Chelem.

Première à Roland
"Ma première, c’était à Roland-Garros en 2002, se souvient Pascal Maria. J’ai ressenti une certaine fierté parce que… on a tous ça dans le sang! ‘Roland’, c’est un mythe! En même temps, c’est une pression de dingue, donc c’était un mix de fierté et de peur." Mais la finale qui l’a le plus marqué du haut de sa chaise, depuis, est sans nul doute celle, inoubliable, de Wimbledon 2008, qui a vu Rafael Nadal s’offrir sa première couronne anglaise face à Roger Federer, dans l’obscurité, au terme d’un match au niveau insensé conclu 9-7 au 5e set. "Mais il y a eu d’autres matches, qui n’étaient pas forcément des finales qui m’ont apporté beaucoup de bonheur, ajoute le Niçois. Je pense notamment à cet El Aynaoui-Roddick ici, à Melbourne." (en 2003, Roddick s’était imposé 21-19 au 5e, ndlr)

En Australie, explique Pascal Maria, lorsque l’on arbitre, un élément est à prendre en compte, plus que n’importe où ailleurs. "Le public est plus impliqué ici, dit-il. À Roland-Garros et Wimbledon il y a une certaine retenue par exemple, ce sont de vrais connaisseurs, moins attachés à la notion de pays. Ici, ça me fait beaucoup penser à la Coupe Davis en fait." Comme lorsque les spectateurs manifestent bruyamment lorsque le Hawk Eye entre en action? "Le Hawk Eye a changé pas mal de choses à l’arbitrage, mais en bien, affirme le Frenchie. Parce que la plupart de nos erreurs sont corrigées. Il nous met aussi beaucoup plus de pression car nous sommes jugés sur chaque balle désormais alors qu’avant, l’arbitre avait toujours raison. Mais pour moi, il faut que les arbitres continuent à prendre des décisions, ça, ça ne doit pas changer."

Qui arbitre à la fin?
Des prises de décision fortes et une virtuosité à officier même dans une rencontre un peu "chaude": un savoir-faire qui a contribué depuis de nombreuses années à faire reconnaître partout sur le circuit et tout au long de l’année cette fameuse école française de l’arbitrage. Qui est tout sauf une simple image, puisqu’elle est aujourd’hui concrètement reconnue par quatre badges d’or, le plus haut grade de l’arbitrage international. "Ah oui!, s’exclame Pascal Maria, il existe vraiment une école française."

"Nous avons la chance, et il faut le dire, d’avoir une Fédération extraordinaire qui sait que c’est un corps de métier important. Notre formation est enviée partout, au niveau des badges, nous sommes la nation la mieux représentée. Et je suis heureux de voir des petits jeunes qui grandissent et prennent leur envol. Il y a une vraie symbiose et un esprit d’équipe entre nous." À titre personnel, que peut-on souhaiter à Pascal Maria pour la finale de dimanche? "Malgré mon tempérament, confie-t-il, j’aime me dire que le meilleur des compliments, c’est lorsqu’à la fin, personne ne sait plus qui a arbitré le match."

(À Melbourne, Myrtille Rambion)