L'affiche 2017

affiche 2017

Quand Roland-Garros s’affiche

Depuis plus de 35 ans, la création de l’affiche du tournoi de Roland-Garros est confiée chaque année à un grand nom de l’art contemporain. Pour l’édition 2017 de l’épreuve, le choix s’est porté sur l’artiste brésilien Vik Muniz. Nous sommes allés à sa rencontre à New York, plus précisément à Brooklyn, où il vit depuis 2000. Échanges.
 

Quelle a été la genèse de votre affiche ?
J’adore qu’on me mette au défi. Le défi est le socle de toute activité artistique. Si l’on place une sculpture au milieu du trottoir que vous empruntez tous les jours, ça aura au minimum pour conséquence de vous obliger à traverser la rue, de vous écarter de votre chemin habituel, de briser votre routine. Or, artiste ou pas, nous avons tous des routines. C’est d’abord pour sortir de mes habitudes que j’accepte des projets comme la création de l’affiche de Roland-Garros 2017.

Vous aviez d’autres motivations ?
Oui. D’abord, c’est à Paris, une ville que j’adore. J’y ai un appartement, j’y ai vécu, j’adore la langue française, la culture, la cuisine. Ensuite, il y a le fait – très intéressant – que ce tournoi réussit chaque année à produire de très belles affiches avec de grands artistes : il y a quand même, par exemple, des affiches réalisées par Antoni Tàpies ! J’étais donc vraiment flatté que l’on me propose de rejoindre cette "équipe", très honoré. J’ai par ailleurs réfléchi à ma relation à l’événement. Bon, j’ai certes vu quelques matchs dans ma vie, mais je ne suis pas du genre à traverser un continent pour une partie de tennis. Et je n’ai pas vraiment grandi une raquette à la main : au Brésil, ce qu’on trouve partout, ce sont des terrains de football ! N’empêche, le côté mécanique du tennis me fascine. Et puis ça va très vite. Enfin, quelque chose fait de Roland-Garros un événement à part : la couleur, la couleur des courts. La terre battue. Elle donne au tournoi une identité propre. Rien qu’à cette vision on sait qu’on est à Roland-Garros. C’est une chose unique.

Savez-vous pourquoi la FFT est venue vous trouver plutôt qu’un autre ?
Ils pensaient à moi depuis de nombreuses années. Puis, d’un coup, ils ont pris contact avec ma galerie, à Londres, et Patrice Cotensin, de la Galerie Lelong, m’a demandé de lui présenter quelques idées. Quelques mois plus tard, je lui ai montré mon travail. Il y a eu des allers-retours, mais ça ne concernait que des points concrets, par exemple la présence ou non du titre, l’aspect du texte.

Concrètement, comment avez-vous abordé la création de cette œuvre ?
J’ai regardé des milliers de photos du tournoi. Je n’ai pas spécifiquement regardé les matchs, je cherchais avant tout des images fortes. Des éléments qui changent la perception de ce qui se passe sur le court. Il y a aussi les ombres, en particulier sur la terre battue, qui sont très expressives, merveilleuses, parce qu’elles parviennent à transmettre l’essentiel avec très peu d’informations. L’ombre d’un joueur de tennis dit tout de suite qu’il est en train de jouer. Même si elle est un peu confuse, on le sent. J’ai fait quelques essais, en allant du plus abstrait au plus éloquent, et j’ai finalement choisi quelque chose d’intermédiaire, parce qu’il fallait conserver un peu de magie, laisser un peu de place à l’imagination. Quand on regarde l’image, on se dit "Que se passe-t-il ? " On devine quelqu’un en train de jouer, le joueur est au service, mais il faut quand même faire un effort pour bien comprendre.

Quel est pour vous l’élément essentiel de cette affiche ?
Elle met parfaitement en valeur son lien avec la terre battue. Quand on la regarde, on voit de la terre colorée. Comme si c’était une photo. L’ombre a été réalisée avec la même matière, mais elle est noire. Dessiner l’ombre avec la même matière que le sol, c’est ludique, on peut la toucher. Il y a une approche épistémologique qui incite à réfléchir à la façon dont l’image se construit. Tout cela est très intéressant, tout comme le fait qu’on la voie à l’envers.

 

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