08/09/13

Côté tricolores, ce tournoi a été évidemment marqué par le parcours de Richard Gasquet jusqu’aux demi-finales. Etes-vous surpris de sa belle quinzaine ?

Pas vraiment, non. Richard est quelqu’un de sérieux, bien organisé, bosseur, bien entouré. Ce n’est pas une surprise pour moi que son investissement finisse par payer. Et je pense que cet US Open va débloquer chez lui encore d’autres verrous, avec la prise de conscience qu’il peut enchaîner les matchs en cinq sets contre les meilleurs. Dans ce tournoi, le match le plus éprouvant qu’il ait livré est sans doute celui des huitièmes de finale contre Milos Raonic, et pourtant il a été capable de remettre ça les tours suivants, gagnant notamment "à la bagarre" contre David Ferrer au cinquième set. Il a su tout autant pratiquer un tennis de rêve qu’aller au charbon quand il le fallait. Je suis content pour lui et son équipe.

Dans un tournoi où la délégation française partait privée de ses n°1 et n°3, Jo-Wilfried Tsonga et Gilles Simon, la demie de Richard Gasquet n'est-elle pas une nouvelle preuve de la richesse du réservoir tricolore ?

Il faut bien avoir conscience de la chance que l’on a d’avoir une génération aussi exceptionnelle, avec plusieurs joueurs régulièrement capables d’aller loin en Grand chelem. "Jo" et Gilles absents, il nous reste encore un joueur du Top 10 pour nous gratifier d’un tournoi fantastique. Et je n’oublie pas Gaël Monfils qui a toutes les armes potentiellement pour rejoindre ses trois camarades.

Derrière Richard, les deux Français le plus longtemps en vue ont été Julien Benneteau et Adrian Mannarino, chacun au troisième tour dans des contextes différents. Comment jugez-vous leur tournoi ?

Pour Julien, je peux comprendre une éventuelle déception d’être encore bloqué au troisième tour. Mais il n’a rien à se reprocher contre Tomas Berdych, qui n’est pas le premier venu sur le circuit. Grand chelem après Grand chelem, Julien tient son rang. En ce qui concerne Adrian, on parle là au contraire d’une toute nouvelle régularité dans les tournois majeurs, lui qui a longtemps eu du mal à s’exprimer dans ce format. Huitième de finale à Wimbledon puis troisième tour ici, il a beaucoup d’enseignements positifs à tirer de ces deux tournois.

Dans le sillage d’Adrian, on a vu aussi de nouveaux visages s’affirmer…

Je suis particulièrement content pour Albano Olivetti, de retour après une année compliquée. C'est une étape marquante pour lui d'être sorti des qualifications pour disputer son premier tableau final en Grand chelem. Sa blessure au genou avait freiné son élan alors qu’il semblait prêt à décoller après sa victoire sur un Top 10 (Mardy Fish, ndlr) à Marseille l’an dernier. Avec aussi Guillaume Rufin, qui est en train de faire son trou dans le Top 100, nous avons là toute une nouvelle génération qui commence à s’installer. C’est une satisfaction pour nous de voir arriver ces joueurs que nous entraînons depuis l’adolescence.

Et derrière, justement, quels devraient être les noms à suivre ?

Le plus proche de ce niveau est actuellement Lucas Pouille, qui a énormément progressé ces derniers mois et a disputé des tableaux finaux sur le grand circuit. Aujourd’hui, il y a des temps de passage incontournables pour mener un jeune au plus haut niveau. C’est d’ailleurs ce qui nous a conduits à redécouper le parcours de formation, en considérant que le parcours professionnel commence dès l’âge de 16 ans, soit l’âge moyen auquel un joueur débloque ses premiers points ATP. Cette année, nous avons retenu huit joueurs à l’Insep, répartis en deux groupes : les trois garçons âgés de 18 ans, à savoir Alexandre Favrot, Maxime Hamou et Enzo Py, se consacrent exclusivement au circuit pro. Les cinq autres, 17 ans en moyenne, alternent encore les tournois juniors tout en s’aguerrissant en Futures. Il s’agit de Benjamin Bonzi, Maxime Janvier, Quentin Halys, Johan-Sébastien Tatlot et le benjamin Alexandre Muller, 16 ans seulement. Nous travaillons à la formation de nos champions d’après-demain.

(Propos recueillis par Guillaume Willecoq)