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Le match de ma vie (13): Christophe Nouguey

Onzième épisode : Christophe Nouguey et une histoire de tableau d’affichage lors des championnats de France à Roland-Garros.
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Une ''perf'' énorme ? Un match qui dure 7 heures ? Vous avez gagné après avoir été mené 6/0 5/0 40-0 ? Dans cette rubrique, nous vous invitons à partager vos plus belles expériences sur le court, quel qu'il soit (tennis, padel, beach...).

Identité : Christophe Nouguey
Club : Tennis Club Lille Métropole
Meilleur classement tennis : 15/3 (aujourd’hui NC)
Année de naissance : 1980

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"Je voulais voir mon nom sur un tableau d’affichage de Roland-Garros ! C’est ce qui m’a motivé pour gagner !"
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Quand a eu lieu le match de votre vie ?  

C’était en 2008 à Roland-Garros, au Trophée Perrier (ex appellation des championnats de France). Il s’agit d’un match mal embarqué que j’ai finalement gagné... grâce au tableau d’affichage qui ne fonctionnait pas.

Posons le décor pour commencer. En 2008, vous aviez donc 28 ans ?

Oui. C’est l’année où j’ai repris le tennis. J’ai commencé très jeune. J’ai ensuite arrêté quand j’ai commencé à bosser. Puis j’ai repris en 2008. Ce fut une grosse saison car j’ai commencé non classé, et j’ai fini 15/3, ce qui est toujours aujourd’hui mon meilleur classement. À cette époque, j’étais à Bergerac. J’avais participé aux qualifications départementales, où j’avais perdu en finale, puis aux championnats de Ligue à Lacanau. Là, j’avais perdu en demi-finale, mais comme le finaliste s’était désisté, on m’a proposé de disputer les phases finales à Roland-Garros à sa place ! J’étais donc "lucky loser" en quelque sorte.

Que représentait Roland-Garros pour vous ?

J’y étais déjà venu plusieurs fois en tant que spectateur. J’avais déjà vu mon idole, Roger Federer. La première fois que je suis venu à Roland-Garros, ça remonte à 1992 ! Pour moi, cette qualification était une joie. J’étais heureux d’avoir l’opportunité de fouler les courts de Roland-Garros, même des courts annexes. Je connaissais déjà bien le site. Je suis également allé plusieurs fois au tournoi de Monte-Carlo.

Quel est votre type de jeu ?

Je suis plutôt un joueur de surface rapide, même s’il y a pas mal de courts en terre battue près de chez moi. Je préfère en général les terrains en dur car j’enchaîne mon service au filet. J’ai un jeu d’attaque. Je peux jouer du fond du court, mais j’avais l’intention de jouer mon jeu à Roland-Garros. C’était un challenge très excitant.  

Un panneau de score pour la postérité et qui fonctionne !
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Comment s’est donc déroulé le tournoi ?

Au premier tour, j’ai rencontré un quinquagénaire. Un joueur de fond du court. On était partis pour une belle opposition de style. J’avais les yeux qui brillaient, j’étais attentif à tous les détails. Mais en arrivant sur le court pour le match, le court numéro 9, j’ai constaté que le tableau d’affichage ne marchait pas. Les tableaux fonctionnaient sur tous les autres courts, sauf sur le nôtre. J’ai demandé des explications à l’arbitre. Il m’a dit qu’il était désolé et qu’il ne pouvait rien faire.

Ça vous a perturbé pendant le match ?

J’ai essayé de rester concentré sur mon match. En fait, c’est un moment unique dans une carrière amateur, et je trouvais ça génial d’avoir mon nom sur un tableau d’affichage de Roland-Garros... J’étais déçu. Tout en pensant à tout cela, je découvrais le jeu bien pénible de mon adversaire. Il jouait deux mètres derrière la ligne de fond. J’ai réussi tout de même à gagner le premier set sur le score de 6/2. Mais je me suis fait ensuite embarquer dans un match à rallonge. Il a commencé sérieusement à limer à partir du deuxième set, que j’ai perdu après avoir eu des balles de match. Là, j’ai connu un gros passage à vide. Il m’a endormi. Je me suis fait prendre à son propre jeu et je n’osais plus monter au filet. Je me suis retrouvé mené 5-1 dans le troisième set. J’étais à la rue. J’étais venu avec ma compagne et son fils. Lui était venu avec vingt personnes. C’était bon esprit, mais je sentais que c’était la fin car il avait le vent en poupe.

Et le tableau de score était toujours en panne ?

J’étais toujours obnubilé par cette histoire de tableau d’affichage. À 5-1 dans le troisième set, en passant devant, je me suis dit : "Si je perds ce jeu, c’est le seul match que je vais faire ici si je vais me faire sortir n’aurais pas eu mon nom sur le tableau ! Quel dommage !"

C’est fou de voir à quel point le tennis peut être psychologique. Car ça m’a donné un coup de fouet : j’ai repris le chemin du filet et il n’a plus fait un jeu. J’ai terminé le match en jouant mon jeu, au filet. J’ai gagné le troisième set 7/5, et la première chose à laquelle j’ai pensé quand j’ai gagné la balle de match, c’est "génial, je vais rejouer un autre match et cette fois j’aurai mon nom sur le tableau !"

Je pensais plus au tableau qu’au fait d’avoir gagné. Ça montre bien que ça m’a motivé.

Citation
C’est fou de voir à quel point le tennis peut être psychologique.
Auteur
Christophe Nouguey
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Vous avez rejoué le lendemain ? Avec cette fois un tableau qui fonctionnait ?

Dès le lendemain oui, sur un court situé à l’ouest du stade, vers l’ancien court n°17.  Le tableau d’affichage était cette fois actif. Je touchais enfin du doigt ce qui peut paraitre totalement anodin pour des joueurs professionnels, mais pour un amateur comme moi, voir mon nom était quelque chose d’unique. C’était une sorte d’aboutissement.

On est dans un lieu mythique, sur les courts d’un tournoi mythique, sur des terrains superbes avec une terre battue de grande qualité... C’était un régal ! J’ai gagné ce deuxième tour, 6/2 2/6 6/0, mais j’ai été un peu débordé par le contexte pendant ce match. Ça se sent en lisant le score d’ailleurs !

Vous avez donc pris une photo du tableau ?

Dès la fin du match, j’ai demandé à l’arbitre si je pouvais prendre une photo avant que les noms ne s’effacent, car les matchs s’enchaînaient vite. J’ai perdu finalement au troisième tour, contre le futur vainqueur. Mais ça reste une expérience formidable. L’organisation était parfaite, les arbitres étaient bienveillants et tout était fait pour que l’on se sente bien. L’état d’esprit était positif...

Et les matchs que j’ai vécus résumaient parfaitement ce que j’avais connu plus jeune : j’avais souvent des trous d’air pendant mes matchs, avant de réussir à retourner la situation en ma faveur ensuite. Jeune, ça m’est arrivé une bonne dizaine de fois en match, et ça m’a arrivé de nouveau à Roland-Garros, à deux reprises.

Quel était votre modèle lorsque vous étiez jeune ?

Stefan Edberg, qui faisait service/volée sur chaque point.

Jouez-vous toujours des tournois ?

Je reviens de plusieurs années aux Antilles, où je n’ai pas joué de tournois. J’ai été muté il y a peu sur Lille (je travaille dans la douane), ce qui sera l’occasion de m’y remettre.

Vous n’êtes donc pas revenu à Roland-Garros depuis vos "exploits" ?

Je vais revenir, c’est prévu. Je sais que les courts sur lesquels j’ai joué ont été refaits. Ça va me faire drôle de revoir tout ça...

Recueilli par Julien Pichené

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