Moïse Kouame, matcheur né

E.B., à Roland-Garros

29 mai 2026

Gérald Brémond et Bruce Liaud, deux coaches qui ont côtoyé Moïse Kouame dans ses très jeunes années, se souviennent du jeune phénomène français, qualifié pour le 3e tour à Roland-Garros, et décryptent son jeu.

Au milieu d'une édition de Roland-Garros complètement folle, où les surprises s’enchaînent et les pronostics se déjouent, le tennis français peut s'accrocher à une certitude : il tient une nouvelle star.

Moïse Kouame a électrisé le printemps parisien en passant deux tours en Grand Chelem, devenant le plus jeune tricolore à atteindre le troisième tour du simple messieurs à Paris depuis le début de l'ère Open.

Talent hyper précoce, le natif de Sarcelles a vite attisé la curiosité et l’intérêt de ceux qui l'ont supervisé. Deux anciens coachs du jeune champion, Gérald Brémond, entraîneur du pôle France garçons et capitaine en équipe de France, mais aussi Bruce Liaud, qui entraîne au Pôle France de Poitiers depuis près de 20 ans, convoquent leurs premiers souvenirs du jeune prodige et évoquent le champ des possibles.

Gérald Brémond

"J'ai connu Moïse quand je suis arrivé au club de Sarcelles en tant que directeur sportif, en juillet 2013, quand il avait quatre ans. À ce moment, je fais un stage pour connaître tous les joueurs du club. Il a trois grandes sœurs et un grand frère qui ont tous joué au club, Moïse Kouame est le petit dernier. Je me rappelle de son sac à dos et qu'il jouait déjà comme un fou.

Il était plutôt brillant, en avance sur son âge. C'était quelqu'un qui avait des capacités physiques énormes. Sur des formats jeunes balle orange balle intermédiaire, il était indébordable. Très petit, il avait une qualité de frappe différente. Ça ne faisait pas le même son que les autres.

Tout petit déjà c'était un énorme matcheur. Qu'il ait fait un service-volée sur la balle de match hier contre Vallejo, ça ne m’étonne pas du tout. Il a toujours créé des choses.

Je l'ai ensuite revu plus tard, quand il est passé à Poitiers. On voyait qu'il aimait les matchs sous pression, qu'il se sublime quand c'est tendu. C'est aussi un gamin très intelligent, à l'aise quand il parle. Il dit clairement les choses, posément.

Moïse, c'est est un champion dans sa tête depuis qu'il est tout petit. Il se conditionne pour gagner. Les interviews d'après match ou en conférence de presse, je pense qu'il les refait plusieurs fois dans sa tête. Et physiquement, c'est un joueur hors normes. Hier il a été impressionnant à ce niveau-là. Et je ne serai pas étonné qu'il soit prêt au combat. Il a un jour de repos et je suis sûr que tout va être fait pour qu'il récupère."

Bruce Liaud

"Mon premier souvenir de Moïse ? Celui d'un garçon souriant, chaleureux, content d'être à Poitiers, et de retrouver des gens qu'il connaissait, notamment Timéo Trufelli, un jeune de sa génération.

Tout de suite, on a pu voir qu'il avait une très grosse qualité de frappe et qu'il s'entraînait beaucoup mieux dès qu'il y avait un comptage de points. C'est un matcheur. On avait l'impression des fois qu'il ne bougeait pas trop mais en fait il était tout le temps sur la balle. Comme s'il collait à la balle en permanence, il avait un grand sens de l'anticipation. 

Puis je l'ai retrouvé en 2024, en équipe de France lors d'une Winter Cup. On a perdu en finale contre les Roumains au double décisif. Mais Moïse avait un super état d'esprit, il était bien dans l'équipe.

Que ça aille aussi vite pour lui, oui, je suis étonné. Mais j'ai regardé en grande partie son match du 2e tour et j'ai trouvé que son tennis était très bien en place. Il y a plein de moments clés dans ce match et il est malin quand il le faut. Ce qu'il fait, c'est fait à bon escient. La façon dont il débreake à 5-3... il est collé à la balle, c'est impressionnant. Il est malin, parce que je pense qu'il est parfois fatigué dans ce match, mais il ne le montre pas, il continue de le déplacer.

Heureusement qu'il y a des choses à améliorer dans son tennis. Il n'a pas atteint son maximum. Il est bien entouré, il travaille beaucoup. Ça peut aller très vite - et ça va déjà très vite - car il est en avance.

Je lis beaucoup de choses dans la presse sur ce qu'il doit améliorer. De mon côté, je dirais qu'il peut améliorer son pourcentage de première, coller encore davantage à la balle, gagner en percussion en coup droit. 

Mais on voit que, des deux côtés, il a un coup de fusil, et que physiquement, c'est hors normes. Ce qu'il vient de faire en passant deux tours en Grand Chelem, ça va ouvrir de nouvelles perspectives et accélérer encore plus ses progrès."