Dans ce nouvel opus de "Conseils aux compétiteurs", on s’intéresse au meilleur sparring-partner du monde, l'un des plus vieux aussi. Celui qui ne râle jamais et surtout ne rate jamais : le mur !
Björn Borg, Andre Agassi, Novak Djokovic, Roger Federer… La liste est infinie. Tous les plus grands ou presque ont bâti leur technique en tapant des milliers, des millions de balles contre un mur. La méthode est garantie à 100% pour progresser en s'amusant, et ce en toute autonomie.
Pourtant, ce bon vieux mur – 5 850 recensés dans les clubs français aujourd'hui – a peu à peu disparu des habitudes. Un tort, selon Walter Gouy, chef de projet École de Tennis à la FFT, qui souhaite le remettre au centre de la formation des jeunes et qui pilote depuis plusieurs mois un vaste projet dédié à l'entraînement au mur.
Aux côtés du DTN Didier Retière, et dans le cadre de l’Optimisation de la Galaxie Tennis (OGT) dont il est responsable, il a lancé un programme pédagogique déjà testé dans le Comité du Val-d'Oise avec des résultats impressionnants en termes d'élévation de niveau. En parallèle, la FFT développe actuellement un prototype de mur gonflable et mobile qui devrait être distribué aux écoles de tennis à partir du deuxième trimestre 2026.
Voici, pour vous aussi, quatre bonnes raisons d'incorporer le mur dans vos séances d'entraînement.
© Cédric Lecocq / FFT
Walter Gouy (à gauche) détaille ci-dessous les bienfaits de l'entraînement face à un mur.
1/ Le mur est une usine à rêves… et à champions
"Quand j’étais petit, je jouais au mur pendant des heures en m’imaginant à Wimbledon ou à Roland-Garros." Attribuée à Stefanos Tsitsipas, cette citation pourrait être signée par tant d'autres champions. De Novak Djokovic et son mythique mur de Kopaonik criblé de balles à Roger Federer et ses tutos filmés parfois sous la neige, nombreux sont ceux qui ont fait l’apologie de l’entraînement au mur. Ce n’est pas un hasard.
Toujours partant pour une séance, jamais fatigué et ultra-régulier, le mur est le sparring-partner le plus fiable au monde. Il permet de tout améliorer : la maîtrise de la précision-vitesse mais aussi des directions et des trajectoires, la régularité, la main, le rythme, la concentration et même la condition physique ainsi que la dimension motrice. Pour un enfant, le mur est aussi un moyen d'étancher à tout moment sa soif de jouer, d'apprendre par lui-même tout en boostant formidablement son imagination.
"Au mur, on est face à soi-même mais aussi, en quelque sorte, face à un double imaginaire, un miroir. Dès lors, on se projette facilement dans des situations qui font rêver, confirme Walter Gouy. Et l’un des grands avantages, c’est la maîtrise totale de la balle : si on joue vite, elle revient vite ; si on joue doucement, elle revient doucement. Cette maîtrise est essentielle dans le développement cognitif. Des psychopédagogues avec qui j’ai travaillé l’ont démontré : le mur a un pouvoir presque hypnotique dont les enfants et même les adultes ne se lassent pas."
© Philippe Montigny / FFT
Le mur, un lieu presque culte dans les clubs de la FFT.
2/ Il permet de tout travailler, et souvent mieux
Même le meilleur partenaire du monde ne peut rivaliser : un mur, c’est zéro faute et un renvoi d’une constance chirurgicale. Le bénéfice est facile à comprendre : un volume de jeu et de frappes bien plus important que lors d'une séance classique.
"Au mur, on peut atteindre les 1 500 à 2 000 frappes à l’heure quand un entraînement collectif un peu "old school" tourne autour des 100. Le gain en termes de fréquence et d’intensité est précieux dans l’apprentissage", résume Walter Gouy. C’est le principe purement mathématique qu'appliquait Mike Agassi à son célèbre fils, Andre : plus on frappe de balles, plus on maîtrise le geste, même si ce n’est bien sûr pas le seul ingrédient à la performance.
Pour structurer cette pratique dans un cadre pédagogique, la FFT a conçu, via son prototype de mur mobile, des jeux d’apprentissage adaptables à tout âge et à tout niveau. "Ces jeux ont été pensés de manière à développer des ancrages tactiquement et techniquement justes même sans correction extérieure, précise le pédagogue fédéral. Dès lors que l’on met du volume, de la précision, des intentions et une capacité d'adaptation permanente, on résout déjà une grande partie des problèmes."
© Philippe Montigny / FFT
3/ Il dynamise et fluidifie les séances collectives
Le potentiel pédagogique du mur étant immense, la FFT souhaite désormais l’intégrer pleinement dans les écoles de tennis, afin d’aider les enseignants dans la gestion de leurs séances, notamment celles constituées de groupes hétérogènes.
"Le réflexe habituel, quand on a un enfant un peu au-dessus, c'est de le prendre à part. Le problème, c’est que ça n’est rentable ni humainement, ni économiquement, et cela l’isole de son groupe, fait remarquer Walter Gouy. Le mur permet à des joueurs d’âge, de niveau ou de motivation différents de travailler individuellement tout en restant intégrés au collectif. Cela répond à la fois au besoin des enfants de rester avec leurs copains, et à la difficulté des enseignants face aux groupes disparates."
La méthode est actuellement testée au sein de trois territoires (Ligue d'Auvergne-Rhône-Alpes, Ligue du Centre-Val de Loire et Comité des Yvelines) dans le programme de l’OGT chez les jeunes filles, particulièrement sensibles au maintien de ce lien social. Quoi qu’il en soit, filles ou garçons, tous accrochent rapidement.
Walter Gouy cite par exemple Moïse Kouame, qu'il a entraîné plus jeune : "Sur le plan technique, il n'y avait pas une énorme différence mais il avait une capacité de persévérance et de concentration nettement au-dessus des autres Il passait cinq ou six heures au mur par semaine, ce qui a dû renforcer ces qualités car le niveau d'attention, d'engagement et de concentration est beaucoup plus élevé au mur."
4/ C’est facile, accessible et extrêmement ludique
De l'extérieur, l’entraînement au mur peut paraître un peu rébarbatif, surtout s’il est pratiqué sans but précis. En réalité, il offre une infinité de variantes et de jeux possibles, à faire en autonomie, en coopération ou en opposition. Et lorsqu’il s’inscrit dans une logique pédagogique et ludique, il devient en plus un redoutable outil de performance.
La FFT a poussé l’idée très loin en mettant au point un protocole de formation complet, mêlant pédagogie et jeu, qui a rapidement conquis ceux qui l’ont essayé – dont Nicolas Mahut lors d’une inauguration récente au TC de Montreuil-Juigné, dans le cadre de l’opération "Croc’ le Mur" parrainée par Lacoste.
"Ce protocole contient une douzaine de jeux couvrant tous les secteurs du tennis, dont trois jeux de référence qui mèneront à des épreuves nationales à l’horizon 2027, révèle Walter Gouy. Ces jeux sont adaptables à tous les niveaux, de l’enfant au joueur de 1ère Série, selon les balles utilisées et les graduations au sol comme au mur. Tout le monde pourra donc participer."
Et si votre club n’a pas de mur, rassurez-vous : une paroi de terrain couvert, une porte de garage ou la cloison d'une pièce peuvent faire l’affaire, facilement et sans frais (hormis un peu de casse, parfois !). Demandez à Ana Ivanovic ou Mansour Bahrami, qui ont appris à jouer en improvisant des séances au mur "système D" dans leur enfance. On a vu le résultat…







