Dans ce nouvel opus de "Conseils aux compétiteurs", nous abordons une problématique universelle : ces fameux matchs où l'on a l'impression de ne pas mettre une balle dans le court. Sachez que tout n'est pas perdu...
C'est un scénario que connaissent tous les joueurs, quel que soit leur niveau : arriver sur le court et, comme on dit, ne pas mettre une balle dedans. Parfois sans raisons particulières (ou, plutôt, pas immédiatement identifiées). La veille encore, on jouait le feu à l'entraînement. Aujourd'hui, rien.
Parce que le tennis est un sport où la qualité de frappe est intimement liée au plaisir, nous sommes tous attachés à ces fameuses sensations et à les guetter dès les premières balles d'échauffement. Au point parfois de s'angoisser si elles ne sont pas immédiatement au rendez-vous.
C'est humain. Mais c'est aussi un piège. Nous en avons discuté avec l'ancien joueur français Stéphane Robert, désormais entraîneur d'Ugo Blanchet et de Kyrian Jacquet, qui était lui-même très à l'écoute de ses sensations.
© Corinne Dubreuil / FFT
1) Respirer, se calmer… ou au contraire s'activer
De la même manière qu'on apprend à identifier les conditions dans lesquelles on se sent bien, il faut comprendre ce qui nous fait dérailler. Ce n'est pas évident : les causes sont multiples, le plus souvent d'ordre physique ou mental.
"Souvent, quand on n'en met pas une, c'est qu'on se précipite ou, au contraire, qu'on est amorphe, observe Stéphane Robert. Il faut déjà comprendre pourquoi. Pour cela, il faut savoir s'observer. Observer son rythme cardiaque, par exemple. S'il est élevé dès le début, c'est probablement qu'on est touché par une émotion et cela va générer de la tension dans le corps. Il va falloir trouver le moyen de le faire redescendre."
La respiration est une méthode simple et éprouvée. Une respiration profonde pour se calmer. Ou, au contraire, une respiration énergétique pour s'activer. Chercher à libérer ses tensions corporelles, quitte pour certains à lâcher une ou deux frappes sans retenue, ou pour d'autres à rallonger les échanges, est aussi une piste.
"À chacun de trouver la recette qui va fonctionner pour lui, synthétise l'ancien 50e mondial. Il n'y a pas toujours de vérité absolue au tennis. Mais c'est aussi ce qui en fait la beauté."
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Laurent Lokoli pense à son souffle. Une méthode simple pour se calmer.
2) Se rappeler que le plus important, c'est le combat
Soyons honnête : qui ne s'est jamais dit, après deux ou trois jeux laborieux, qu'il n'avait aucune chance de gagner avec des sensations aussi affreuses ? "C'est normal, on a tous envie d'avoir de supers sensations, que l'on soit pro ou amateur, confirme Stéphane Robert. Mais c'est aussi un piège car ce n'est pas le plus important. La base du tennis, c'est le combat. Se mettre dans cet état d'esprit de battant peut vous permettre d'aller chercher des ressources en vous. Et, au final, vous permettre de mieux vous sentir au fil du match."
Le Montargois peut témoigner que les sensations du début ne sont pas toujours celles de la fin. Il se souvient d'un Challenger en indoor gagné en 2017 à Kobe, alors qu'il débarquait d'un tournoi outdoor en Chine. "Sur mon premier match, je ne sentais absolument rien. Mais je m'étais bagarré et finalement, mon niveau était allé crescendo jusqu'en finale. Donc même si même si c'est frustrant, il faut se bagarrer, toujours."
La leçon est limpide : on peut très bien gagner un match sans rien sentir. Ce sont même bien souvent les victoires les plus satisfaisantes et les plus riches en enseignement. On l'entend souvent : c'est à son niveau le plus bas que l'on reconnaît la vraie valeur d'un joueur.
© Marine Andrieux / FFT
Cindy Langlais, une joueuse qui aime le combat.
3) Mettre, justement, tous ses sens en éveil
Cela peut paraître paradoxal. Mais le fait d'accorder moins d'importance à ses sensations n'implique pas de s'en détacher, au contraire. "C'est très important de rester à l'écoute de ses sensations, au sens kinesthésique du terme, précise Stéphane Robert. Pour bien jouer, il faut avoir un côté animal, instinctif, presque primitif."
C'est la raison pour laquelle de nombreux joueurs professionnels intègrent un travail sur l'éveil des sens dans leur routine d'échauffement. On voit par exemple Jannik Sinner ou Carlos Alcaraz faire des exercices de coordination œil-main avant d'entrer sur le court. Stéphane, lui, était particulièrement sensible au son.
"Écouter le bruit de la balle permet souvent de bien se mettre dans son match, explique-t-il. Se focaliser sur le son quand elle quitte la raquette, quand elle touche le sol… Cela crée un rythme. C'est une forme d'hypnose, en fait. Et au tennis, c'est souvent dans cet état un peu hypnotique que l'on joue le mieux."
En fait, les bonnes sensations à la frappe sont une conséquence d'une bonne connexion à ses propres sens. En se reconnectant à la vue, au son, à la respiration, au relâchement corporel ou tout autre méthode de son choix, on recrée les conditions favorables. Le reste suit… normalement.
© Corinne Dubreuil / FFT
Les exercices d'avant-match de Carlos Alcaraz sont souvent centrés sur le coup d’œil.
4) Se recentrer sur soi et sur le présent
Le reste suit, oui… Encore faut-il savoir lâcher prise et rester dans le présent, sans se projeter ou se laisser polluer par des pensées parasites. C'est, évidemment, l'une des grandes difficultés au tennis.
"À partir du moment où l'on perd le contact avec l'instant présent, il y a danger, insiste Stéphane Robert. Le problème classique, c'est de très bien sentir la balle à l'entraînement et d'attendre la même chose en match le lendemain. Sauf que le lendemain, c'est un autre jour. À partir du moment où l'on nourrit des attentes, on quitte le présent. Si l'on rajoute le stress de la compétition, on peut très bien ne plus rien sentir. C'est pour cela que ce sport rend dingue."
Un effort d'auto-centrage est donc essentiel. Or, bien sentir la balle ne dépend pas directement de soi. En revanche, se mettre dans les conditions idoines pour bien la sentir - s'échauffer, respirer, se relâcher, ne pas se projeter… - appartient à notre périmètre de contrôle.
L'expression "trouver son rythme" prend alors tout son… sens. "Au tennis, il y a un rythme du haut du corps, un rythme du bas du corps et un rythme respiratoire, conclut celui qui avait atteint les huitièmes de finale à l'Open d'Australie en 2014. Il faut parvenir à mettre ces rythmes en osmose, et le faire en conscience. Parce que c'est comme ça que l'on comprend comment tout relier."
Un travail au quotidien qui, finalement, dépasse du cadre du match. Mais qui, les jours où l'on ne sent rien, peut faire la différence.












