À l’heure où les parcours conjuguant réussite scolaire et ambition sportive suscitent un intérêt croissant, les sections sportives scolaires (SSS) et les classes sport-études occupent une place singulière dans l’écosystème éducatif. Comment ces dispositifs s’incarnent-ils au quotidien pour les jeunes, leurs familles et les encadrants ?
À Nantes, le SNUC incarne une approche exigeante et progressive de la formation sportive, où performance et équilibre de vie avancent de concert. Comment accompagner un jeune joueur vers le haut niveau tout en préservant sa scolarité et son épanouissement personnel ? À travers le regard de son directeur sportif, Sébastien Tesson (ci-dessus en photo avec Victor), et le témoignage de la famille de Victor Krotoff, immersion dans un modèle structuré qui mise sur la durée, l’individualisation et la cohérence des parcours.
Sébastien Tesson : « Nous sommes très attachés à une vision durable et humaine »
Avec près de 1 300 licenciés et une forte tradition de formation, le SNUC Tennis s’impose comme l’un des clubs de référence de la métropole nantaise. Entre pratique loisir, accompagnement vers le haut niveau et partenariats scolaires innovants, le club cherche à construire des parcours durables pour ses jeunes joueurs. Son directeur sportif, Sébastien Tesson, détaille une philosophie fondée sur l’équilibre entre exigence sportive, réussite scolaire et épanouissement personnel.
Le SNUC est aujourd’hui un acteur important du tennis nantais. Comment définiriez-vous votre club ?
Sébastien Tesson : Le SNUC est un club profondément ancré dans son territoire, avec une forte culture de formation. Nous comptons environ 1 300 licenciés, dont 600 mineurs. Nous avons aussi une soixantaine de jeunes engagés dans un entraînement régulier, avec plus d’une séance par semaine. Notre ambition est claire : conjuguer accessibilité et exigence.
Comment gérez-vous cet équilibre entre loisirs, formation et performance ?
C’est un enjeu clé. Nous disposons de 8 courts intérieurs et 8 extérieurs, mais la saison hivernale est très contraignante. Nous faisons le choix de réserver systématiquement 4 courts au jeu libre (hors mercredi). Cela nous permet de répondre aux attentes de nos trois publics : les pratiquants loisirs, les élèves en cours collectifs et les compétiteurs. Malgré cela, la demande est très forte : nous refusons chaque année environ 400 enfants à l’école de tennis.
Votre organisation de l’entraînement a évolué ces dernières années. Pourquoi ?
Il y a une dizaine d’années, nous avions une formule unique. Aujourd’hui, nous proposons une approche évolutive et personnalisée, adaptée à l’âge et au niveau de chaque jeune.
Avant le collège, les enfants s’entraînent généralement deux fois par semaine. Ensuite, les aménagements scolaires deviennent essentiels pour s’entraîner en journée, avant 17h30. Les plus investis peuvent aller jusqu’à 4 séances hebdomadaires, complétées par du travail individuel.
Pouvez-vous illustrer ce fonctionnement avec un exemple concret ?
Oui, par exemple Victor Krotoff, actuellement en classe de 5e. Il s’entraîne 4 fois par semaine en tennis, auxquels s’ajoutent 3 à 4 séances physiques. Nous avons réussi à lui proposer un volume d’entraînement important, avec des partenaires de son niveau. C’est indispensable pour progresser dans un parcours de haut niveau.
Quelle place occupent les partenariats scolaires dans votre dispositif ?
Ils sont absolument déterminants. Nous avons construit des relations solides avec plusieurs établissements nantais.
Le collège La Perverie, par exemple, propose des classes à horaires aménagés avec deux après-midis libérés selon les niveaux. Cette ouverture est relativement récente et très positive : on constate que les jeunes avec une passion sont souvent plus équilibrés et performants à l’école.
Nous travaillons également avec le collège Gaston Serpette, situé juste en face du club, et avec des lycées comme le COFAP IFOM ou le CENS, qui offrent jusqu’à quatre après-midis libres par semaine.
Quel est l’objectif de ces aménagements ?
L’idée est de regrouper les jeunes dans un même établissement pour créer une dynamique collective. J’ai moi-même connu une structure sport-études, et j’en ai vu les bénéfices. Aujourd’hui, nous cherchons à recréer cet environnement : un cadre où les jeunes progressent ensemble, sur les plans sportif, scolaire et humain.
Le passage post-bac reste souvent un point de rupture. Comment abordez-vous cette question ?
C’est un vrai défi en France. Contrairement aux États-Unis, il est encore difficile de concilier études supérieures et projet sportif.
Nous travaillons localement avec l’Université de Nantes, qui propose des aménagements à partir d’un certain niveau de classement. Certains de nos jeunes en bénéficient, notamment à Polytech Saint-Nazaire.
Notre objectif est de structurer un véritable continuum entre le pré-bac et le post-bac, pour éviter que les joueurs quittent le club ou abandonnent leur projet à 18 ans.
Quelle est la philosophie du SNUC en matière de performance ?
Nous sommes très attachés à une vision durable et humaine. Nous ne fonctionnons pas avec une logique de recrutement opportuniste. Notre priorité est de former nos jeunes et de les accompagner dans la durée.
Cela implique parfois d’accepter des résultats sportifs moins immédiats. Mais pour nous, l’essentiel est ailleurs : construire des parcours solides et équilibrés.
Vous évoquez souvent l’importance de l’accompagnement. Pouvez-vous préciser ?
Oui, beaucoup de jeunes bénéficient d’un accompagnement intensif lorsqu’ils sont très performants. Mais quand ce soutien diminue, certains peuvent se retrouver en difficulté, notamment sur le plan mental.
Le club joue alors un rôle essentiel de continuité. Nous avons des exemples marquants, comme celui de Gleb Sakharov : il n’était pas le meilleur jeune de la région à ses débuts, mais grâce à sa persévérance, il a atteint le top 200 mondial (153e ATP).
Quelles sont aujourd’hui vos priorités pour les années à venir ?
Nous voulons avant tout apporter plus de lisibilité aux familles sur les parcours possibles, notamment entre le collège, le lycée et le post-bac.
Nous souhaitons également renforcer nos partenariats avec les établissements et les instances fédérales.
Enfin, nous restons très vigilants à préserver ce qui fait notre ADN : l’émulation collective et le plaisir de jouer. Il est essentiel que le tennis reste une passion à 18 ans, et non une source de pression.
::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::
Mathilde et Mathieu Krotoff : « Un équilibre durable entre exigence, progression et épanouissement personnel. »
Repéré très jeune pour ses qualités tennistiques, Victor Krotoff poursuit aujourd'hui sa progression au SNUC, entouré de sa famille, de son entraîneur et de son établissement scolaire. Ses parents, Mathilde et Mathieu, reviennent sur les choix ayant jalonné son parcours et sur leur volonté constante de concilier ambition sportive, réussite scolaire et bien-être.
Victor a découvert le tennis dès l’âge de 3 ans grâce à son père. Cette passion est née dans un cadre familial, à travers le jeu, avant qu’il n’intègre un club dès l’âge de 4 ans. Très tôt, ses qualités ont été remarquées. « Il a été repéré assez rapidement par la Ligue des Pays de la Loire. Entre le CP et le CM1, il a bénéficié d’un double accompagnement, à la fois au Centre de Ligue et au SNUC », expliquent Mathide et Mathieu, ses parents.
L’engagement sportif de Victor a nécessité une importante organisation familiale. Avec trois enfants investis dans la compétition, les déplacements et les contraintes logistiques étaient conséquents pour ses parents : « À un moment, cela devenait très contraignant : une année, nous faisions jusqu’à 150 kilomètres chaque mercredi pour les entraînements à la Ligue. Nous avons donc fait le choix d’arrêter ce dispositif, au profit d’un accompagnement recentré sur le club, plus équilibré »
Ce recentrage vers le SNUC a permis de mettre en place un accompagnement mieux adapté aux besoins du jeune joueur. « Le club a su proposer un programme adapté à l’âge et à la maturité de Victor. Depuis le CM2, il s’entraîne exclusivement au SNUC, dans un environnement structuré et personnalisé, dans lequel il s’épanouit pleinement », soulignent ses parents.
L’équilibre entre les études et le sport constitue également un élément essentiel de son parcours. Grâce aux classes à horaires aménagés du collège La Perverie, Victor bénéficie de deux après-midis libérés chaque semaine pour s’entraîner. « Le club étant situé à seulement sept minutes, cela facilite énormément l’organisation, précisent ses parents. Il évolue aussi dans une classe avec des élèves engagés dans d’autres disciplines, ce qui est très enrichissant.»
Pour sa famille, la réussite scolaire demeure une priorité absolue. Pour les parents, il n’est pas question que Victor sacrifie ses études pour le tennis : « Nous cherchons un équilibre entre performance sportive et réussite scolaire, en préservant aussi son bien-être. Nous restons attentifs à ce que son engagement sportif ne l’empêche pas de profiter d’autres moments : la vie de famille, les amis, les activités scolaires. C’est essentiel pour son développement. »
Le tennis n’occupe d’ailleurs pas toute la place dans la vie de Victor. En effet, ce dernier aime la diversité, il est curieux. Le collège lui permet notamment de participer à d’autres activités, comme le cross UGSEL où il a obtenu de très bons résultats. Cela contribue à son épanouissement global.
Au-delà de la pratique sportive, le SNUC joue également un rôle important dans sa construction personnelle. « Le club a un rôle structurant. Victor participe à différentes activités, comme ramasseur de balles ou assistant auprès des plus jeunes., confient ses parents.
Concernant l’avenir, la famille avance avec prudence. « Le projet est évolutif. Victor envisage d’intégrer le CENS au lycée, mais rien n’est précipité. Nous privilégions une progression adaptée à son âge et à sa maturité », indiquent Mathide et Mathieu. Aujourd’hui, le jeune joueur peut disputer jusqu’à 80 matchs par an, mais cette charge est attentivement encadrée. « Nous restons vigilants à éviter toute surcharge, qu’elle soit physique ou mentale, pour préserver son plaisir de jouer », soulignent-ils.
Enfin, son parcours repose sur un suivi collectif associant la famille, le club et l’établissement scolaire. « Nous assurons un suivi attentif, en lien avec son entraîneur et son collège. L’objectif est de trouver un équilibre durable entre exigence, progression et épanouissement personnel. C’est un véritable travail d’équipe », concluent Mathide et Mathieu.







