Gilles Moretton : "Ce qui se joue à travers l'Optimisation de la Galaxie Tennis, c'est l'avenir de notre Fédération"

Recueilli par Rémi Bourrières

23 mai 2026

À l’heure où s’ouvre le tournoi de Roland-Garros, la formation demeure un axe prioritaire de la politique fédérale, notamment à travers le programme "Optimisation de la Galaxie Tennis" (OGT), qui entend moderniser l’apprentissage pour les enfants de 3 à 10 ans. Gilles Moretton, président de la FFT, nous détaille la philosophie de cette réforme ambitieuse, pensée pour structurer durablement le tennis français.

L'Optimisation de la Galaxie Tennis occupe une place centrale dans la politique fédérale aujourd'hui. En quoi ce sujet est-il si important à vos yeux ?

Ce qui se joue aujourd'hui, à travers l'Optimisation de la Galaxie Tennis mais aussi la réforme du diplôme des enseignants, entre autres sujets, c'est tout simplement l'avenir de notre Fédération dans dix, vingt, quarante ans… C'est un programme extrêmement ambitieux. Il a pour but de moderniser un système qui a un peu vieilli. Le tennis a évolué, la technique a évolué, la société a évolué... L'enseignement doit évoluer, lui aussi.

Et pour optimiser notre façon d'enseigner le tennis, nous nous basons sur les constats que nous faisons en permanence sur le terrain. Il n'y a pas de dogme, l'OGT n'est pas quelque chose que l'on impose aux clubs. Nous leur proposons une méthode d'apprentissage que nous jugeons extrêmement pertinente. Après, chacun est libre de l'adapter, selon ses problématiques ou son tempérament. Mais globalement, nous constatons que sur l'OGT, les enseignants sont rapidement conquis. C'est un programme qui fonctionne très bien, avec des résultats concrets.

Pouvez-vous, dans les grandes lignes, nous expliquer la philosophie de l'OGT ?

La Galaxie Tennis existe depuis longtemps et elle a été plutôt bien conçue à la base. Nous ne sommes pas en train de la révolutionner, mais de la faire évoluer et de l'améliorer. Elle repose sur l’organisation de différents plateaux et ateliers, dans lesquels on intègre progressivement des objectifs éducatifs. Les enfants peuvent ainsi enchaîner des jeux variés pendant une même séance, sur des terrains adaptés ou même au mur, que nous souhaitons remettre au cœur de l'apprentissage. Cela leur permet de ne jamais s'ennuyer et, aussi, de faire des petits matches dès les premières séances.

Pour les enseignants, cette organisation est d'autant plus bénéfique qu'elle permet de mélanger les genres, les âges et les niveaux. Pour les clubs aux effectifs plus restreints, c'est particulièrement intéressant. Surtout, cela permet de libérer des créneaux horaires, donc de faire venir les enfants plusieurs fois par semaine. Ça aussi, c'est quelque chose qui nous paraît très important pour favoriser la fidélisation et la sociabilisation dans les clubs. Il faut sortir du modèle trop classique de l'enfant qui vient faire son unique séance hebdomadaire sans jamais faire de match à côté.

En quelque sorte, l’OGT est-il un programme transversal qui s’adresse à tous les profils, du compétiteur au joueur loisir ?

Il y a en effet la volonté de prendre en considération tous les enfants, quels que soient leur niveau ou leurs attentes. Par exemple, nous avons mis au point un rôle de coach junior pour permettre aux jeunes d'aider les enseignants à encadrer les séances. Parce que, justement, on n'apprend jamais aussi bien qu'en apprenant aux autres. Ce nouveau système permet à chacun d'avoir un rôle et de trouver sa place. C'est important parce que nous ne sommes pas là uniquement pour former des joueurs, mais aussi de futurs enseignants, de futurs arbitres ou des futurs bénévoles.

Ces différentes dimensions n'étaient pas suffisamment mises en avant jusqu'à présent. Or, c'est comme cela que l'on donnera envie aux enfants de rester dans nos clubs. C'est un point sur lequel nous devons être très vigilant. Parce que le taux de natalité, en France, est à la baisse, et que l'on constate une trop grande déperdition chez les moins de dix ans.

On sent aussi, à travers l'OGT, une volonté de remettre le jeu au centre de l'apprentissage…

Exactement. Avant, on parlait d'exercices au tennis et parfois, les séances n'étaient pas suffisamment ludiques, ce qui pouvait déplaire à certains. L'OGT, c'est tout l'inverse. C'est une méthode d'apprentissage par le jeu et aussi par le match. Nous devons absolument garder cette notion à l'esprit. Les enfants sont heureux quand ils jouent ensemble, avec leurs copains et leurs copines, ce qui est d'ailleurs peut-être encore plus marqué chez les jeunes filles. Nous sommes en phase avec une génération qui veut jouer avant tout. Or, le tennis est un jeu avant tout.

On dit pourtant du tennis qu'il s'agit d'un sport assez difficile, avec un temps d'apprentissage parfois long…

C'est effectivement un sport qui peut engendrer de la frustration mais aussi d'énormes satisfactions. Et c'est justement le fait qu'il soit relativement difficile qui le rend si attractif. Le tennis est un sport fabuleux. C'est une véritable école de la vie, parce qu'il impose une perpétuelle recherche d'équilibre entre les dimensions physique, technique et mentale. Il permet à chacun de se confronter seul à des problèmes en prenant ses responsabilités. Et la vie, c'est précisément ça.

Aujourd'hui, nous cherchons à aller encore plus loin dans cette responsabilisation, afin d'aider les enfants à mieux construire leur vie future. J'estime qu'en tant que Fédération, nous avons un rôle déterminant à jouer en matière d'éducation. Et nous avons aussi une dimension sociétale très importante. Nous devons permettre à un maximum de gens de se réaliser grâce au tennis et au mouvement associatif. L'OGT répond à cette ambition. Derrière le mot "optimisation", il y a une véritable vision à long terme pour transformer durablement notre Fédération.