Elyo Lauret, neuf ans et déjà un rêve de "Roland"

E.B.

26 janvier 2026

À seulement neuf ans, Elyo Lauret est le genre de petit garçon à l'énergie communicative. Souriant, sociable et débordant de vie, le jeune Réunionnais avance aujourd’hui en fauteuil roulant, conséquence d’une maladie survenue dans son enfance. Un changement majeur qui n’a pourtant en rien entamé sa joie de vivre… ni sa passion grandissante pour le tennis-fauteuil.

La balle jaune, Elyo a vite appris à l'apprivoiser. "Il a découvert le tennis à trois ans, raconte son père, Teddy. Je suis un grand amateur de ce sport. J’ai de nombreux amis passionnés de tennis, et je l’emmenais souvent avec moi pour les voir jouer. Un copain, qui est également professeur de tennis, a eu l’idée de proposer à Elyo de faire quelques échanges avec lui, ce qui a marqué le début de sa passion."

Avant la maladie, Elyo montrait déjà un goût prononcé pour le sport : tennis, padel, judo, natation, rugby... Un enfant très actif, déjà attiré par le dépassement de soi. "Quand Elyo a eu six ans, je me suis réellement engagé dans la pratique du tennis pour pouvoir jouer avec lui, bien que je sois davantage attiré par le padel, explique Teddy Lauret. De plus, il a la chance d’avoir des cousines qui jouent également au tennis, dont l’une a même été en centre de formation des Hauts de Nîmes, ce qui a sûrement contribué à son intérêt pour le jeu."

Licencié au Tennis Club de La Possession, Elyo a pu compter sur un encadrement bienveillant. Même s’il ne peut plus s’y entraîner faute de section tennis-fauteuil, il reste très attaché au club et participe pleinement à la vie associative.  "Les éducateurs lui ont transmis des valeurs essentielles, détaille son père. La rigueur, le respect, l’envie de se dépasser. Les éducateurs continuent de lui envoyer des petits messages d’encouragement." Un lien précieux qui continue d'être entretenu.

Aujourd’hui, Elyo s’entraîne dans une autre commune, sous la direction de Xavier Dijoux, spécialiste de la discipline. Sur le court, le jeune garçon impressionne. Faute de partenaires de son âge à La Réunion, il joue avec des adultes : un choix motivé par la nécessité, mais aussi par ambition. "Il est conscient qu’à La Réunion, les opportunités de participer à des tournois de para-tennis sont limitées, et il est probablement le seul enfant à pratiquer ce sport dans la région, note Teddy. Pour progresser et se mesurer à d’autres, il n’a pas d’autre choix que d’affronter des adultes."

Elyo, lui, sait déjà pourquoi il se bat. "Ce que j’aime dans le tennis, c’est que c’est un sport physique. J’adore la compétition, retrouver mes amis sur le court, me défouler et faire de nouvelles rencontres. Chaque match est une occasion de m’amuser et de me dépasser".

Un caractère de battant

En dehors du sport, Elyo mène un quotidien fait d’adaptations. Scolarisé dans une école accessible aux personnes à mobilité réduite, il bénéficie d’un accompagnement solide de la part de ses enseignants, très investis pour lui offrir un environnement d’apprentissage inclusif. Mais à La Réunion, comme ailleurs, tout est plus complexe lorsqu'on se déplace en fauteuil. De nombreux lieux publics ne sont pas encore accessibles, ce qui complique l’accès à certaines activités qu’il appréciait auparavant, comme la guitare ou la natation. 

"Pendant les vacances, Elyo se heurte parfois à des limitations dues à l’inaccessibilité de certains endroits où il souhaiterait passer du temps avec ses amis, regrette son père. Malgré cela, il fait preuve d’une grande résilience et s’adapte à ces contraintes sans se plaindre, trouvant d’autres moyens de s’amuser et de se divertir".

Les associations jouent alors un rôle clé. "Handi Roue Libre", notamment, permet à Elyo de pratiquer différentes activités adaptées et lui a même prêté un fauteuil de sport, lui permettant de participer à des compétitions.. Un soutien indispensable, quand on sait la difficulté et le coût d’importation d’un fauteuil de tennis pour enfant.

"Il est courant de retrouver les mêmes visages dans les différentes activités proposées, comme le tennis, le basket ou la randonnée. Cette solidarité entre les personnes porteuses de handicap crée une belle dynamique et un esprit de communauté. Cela souligne l’importance de continuer à développer les infrastructures et les ressources pour améliorer la vie des enfants en situation de handicap sur l’île."

Entre la pêche (une de ses passions), les concerts, l’école et les entraînements, Elyo a un agenda bien rempli. Quant aux contours de ses rêves, ils sont déjà bien dessinés : vivre du tennis, participer à des tournois internationaux, fouler un jour la terre battue de Roland-Garros. "Il veut aussi représenter fièrement son pays, souligne son père. Et, comme il le dit lui-même : “Mi vé mette la coulèr La Réunion an lèr !”

© FFT

Un sourire qu'on verra peut-être un jour sur les courts de Roland-Garros ?