Ksénia face à la "GOAT" : les clefs du match pour un exploit à "Roland"
5 juin 2026
Gabriel Tassaro, entraîneur de Ksénia Chasteau, décrypte les enjeux de la finale de tennis-fauteuil dames, qui opposera la Française à Diede de Groot.
Quelques chiffres suffisent pour planter le décor : demain, en finale de Roland-Garros, Ksénia Chasteau va affronter ce qu'il se fait de mieux sur la planète tennis-fauteuil. Le palmarès de Diede de Groot est en effet une avalanche de trophées et de records : 23 titres du Grand Chelem en simple 19 en double, trois ans de suite sans perdre un match (une série de 145 victoires d’affilée entre 2021 et 2034), un Grand Chelem doré en carrière, un statut indéboulonnable de n°1 pendant des mois et des mois...
Pour résumer, "elle est la GOAT du tennis-fauteuil", comme le confie Gabriel Tassaro. Mais l'entraîneur de "Ksé" en est persuadé : sa protégée a des chances. Il décrypte ce grand rendez-vous.
Une nouvelle dynamique
Je ne suis pas surpris. Ces derniers temps, les résultats n’étaient pas forcément de notre côté. Il y avait des choses qui n’allaient pas forcément sur le terrain et en dehors. On s'est mis autour d’une table avant de commencer "Roland" et on a essayé de repartir dans une bonne dynamique. Le niveau de jeu était là, il y avait un peu des trous d’air sur le terrain ces derniers temps. On est restés confiants tous les deux sur le niveau de jeu et c’est pour cette raison qu’on n’est vraiment pas surpris. Car le tennis est là, physiquement, elle est prête et il fallait que mentalement, elle fasse le taf.
Accepter de perdre pour progresser
Ksénia est arrivée n°6 mondiale au bout d’un an sur le circuit et elle n’arrivait pas forcément à battre les joueuses du dessus. Le fait de rebattre Aniek (Van Koot) au premier tour, même si elle l’avait déjà fait, d’avoir un tableau assez ouvert… Face à Li Xiaohu, elle perdait 4-0 dans les confrontations. Mais on avait le plan de jeu. On savait que ça n’allait pas être facile mais à chaque fois qu’elle l’avait jouée comme toutes les autres filles, c’était accroché. Il fallait aujourd’hui être forte dans l’acceptation, dans la gestion des émotions. Et c’est ce qui a fait que c’est passé.
Tactiquement plus patiente
Depuis quelques semaines, quelques mois, je lui demande de faire des choses beaucoup plus simples. Elle a ce côté créatif qu’elle n’utilisait pas forcément. Et du coup, le fait d’être un peu plus patiente lui permet de renforcer ce côté créatif. Sur une adversaire comme celle d’aujourd’hui, il fallait vraiment être patiente, faire jouer le coup de plus.
Une attitude irréprochable
C’est surtout par rapport au déclic sur l’aspect mental parce que j’ai vraiment été dur avec elle ces derniers temps. Ce qu’elle proposait sur et en dehors du terrain ne me plaisait pas forcément et là depuis le début du tournoi, la mayonnaise prend et tout s’aligne pour que ce soit bien. Peu importe le résultat, mois je suis content mais c’est surtout son attitude et sa gestion sur l’aspect mental sur le terrain qui me plaît énormément.
Ne pas respecter la GOAT
Diede, c’est LA grande favorite, qui revient bien après une année compliquée. Elle a tout gagné, elle n’a pas perdu pendant trois ans d’affilée. La clé, ça va être ce que fait Ksénia depuis le début, c'est-à-dire ne pas "respecter" cette fille ! La regarder droit dans les yeux et de se persuader, de se convaincre qu’elle est capable de la battre. C’est vraiment ce que je lui avais demandé au début du tournoi, de donner tout du premier au dernier point et ne pas avoir de regret. Diede, elle l’a jouée la semaine dernière, elle l’avait aussi jouée une fois précédemment l’année dernière, ça avait été accroché. Ça dépendra encore une fois de l’approche de Ksénia et si elle croit en elle.
L'apport du public ?
Ça fait du bien de la voir se servir du public de la bonne façon, c’est ce que je lui avais demandé aussi avant "Roland". L’année dernière, elle s’était mis une énorme pression vis à vis de ça. Là je lui avais demandé de se servir du public, de se servir de son entourage qui est là. On a cette chance là de se servir de Roland en tant que Français. Et l’année dernière, c’était plus un frein plutôt qu’une aide. Là vraiment cette année elle va chercher le public, se nourrir de ça et c’est vachement important qu’elle joue sur le 14 , sur le 13, sur le "Lenglen", elle est à la maison et elle s’en sert, c’est vraiment un point positif pour nous.
L'avis de Marc Kalkman, entraîneur national
Je savais que Ksénia pouvait jouer à un très haut niveau. Elle est très forte, a beaucoup de qualités, mais c'est une des joueuses les plus jeunes parmi les meilleures. Donc elle peut être plus instable que d'autres. Mais on sent qu'elle est très concentrée sur son objectif.
Je pense que Ksénia doit jouer son jeu. Évidemment Diede est une immense championne, ancienne n°1 mondiale. Après les Jeux Paralympiques Paris 2024, elle a décidé de se faire opérer à la hanche et depuis elle n'est plus aussi dominatrice. Il y a peut-être plus de possibilités désormais.




