Étudiant en licence pro journalisme de sport à l'ESJ de Lille et lauréat du Prix Gérard du Pelloux, Nicolas Ibouanga a eu l'opportunité de couvrir le tableau principal du Grand Chelem parisien au sein de la rédaction de Roland-Garros.com. Voici son récit de cette incroyable édition 2026 pour fft.fr.
Seulement quelques mètres séparent le court Philippe-Chatrier des bureaux de rolandgarros.com. Pourtant, le Grand Chelem parisien s’y vit parfois de manière radicalement différente.
Ce décalage m’était encore imperceptible en février dernier lorsque, accompagné de mes camarades de l’ESJ Lille, je découvrais les coulisses du Centre National d’Entraînement et du stade Roland-Garros. À l’époque, nous étions venus pour apprendre. Un concours d’écriture plus tard, me voilà de retour Porte d’Auteuil, cette fois avec une accréditation autour du cou et un bureau au sein de l’équipe de rédaction du site officiel. Pendant quinze jours, j’ai découvert qu’il existe autant de Roland-Garros que de personnes qui le vivent.
Un contraste frappant
Le premier, c’est évidemment celui que connaissent les spectateurs. Celui des tribunes qui s’enflamment, des matchs qui basculent et des émotions qui débordent. Lorsque Moïse Kouamé a fait rugir le Suzanne-Lenglen au terme d’un combat épique de près de cinq heures, tout le stade semblait suspendu à chacun de ses points. Dans les bureaux, pourtant, l’histoire était légèrement différente. Les cris traversaient les murs. Les exclamations montaient depuis les tribunes. Mais pendant que le public célébrait chaque coup gagnant du jeune Français, les doigts continuaient de courir sur les claviers. Il fallait raconter l’exploit, vérifier les statistiques, préparer les publications.
C’est probablement l’image que je garderai le plus longtemps de cette quinzaine : tout un stade en éruption et, quelques mètres plus loin, une rédaction qui continue de travailler au rythme du match, sous le calme et les directives du rédac'chef Romain Vinot.
Même contraste lors de la défaite de Jannik Sinner. Pour beaucoup, il s’agissait avant tout d’une immense surprise sportive. Pour la rédaction, c’était aussi le début d'une nouvelle histoire à raconter. Quels éléments pouvaient expliquer cette défaillance ? Quelles conséquences aurait-elle sur le reste du tournoi ? Comment retranscrire l’incompréhension du principal intéressé ? Dans une salle de conférence de presse bondée comme rarement, journalistes et photographes s’entassaient pour tenter d’obtenir des réponses que personne ne semblait réellement posséder.
© Nicolas Gouhier / FFT
En immersion
J’ai également eu la chance de découvrir le tournoi à travers d’autres regards. Celui de Loïc Wacziak, photographe de la Fédération, qui m’a emmené dans ses recoins préférés du Suzanne-Lenglen. De la fosse située au pied du court jusqu’au sommet des tribunes, chaque emplacement raconte une histoire différente. Quelques mètres suffisent parfois à transformer complètement une image, à capturer un regard, un poing serré ou une émotion qui disparaîtra une seconde plus tard.
Puis il y a eu le regard de Benjamin Waldbaum et de l’équipe vidéo. Pendant deux jours, nous avons suivi deux ramasseurs de balle en fauteuil roulant, Melvil et Manon, pour la réalisation d’un reportage. Cette immersion m’a permis de découvrir de l’intérieur l’univers des "Ballos", leur organisation, leur enthousiasme et leur attachement à un tournoi qu’ils avaient longtemps observé depuis leur télévision, avant d’en devenir acteurs. Au fil des jours, j’ai compris que Roland-Garros est aussi façonné par toutes ces personnes que le public ne voit pas toujours. Par celles et ceux qui racontent les matchs, les photographient, les filment ou les organisent.
© Jean-Charles Caslot / FFT
Et puis, les émotions. Celles qui traversent les tribunes lorsqu’un jeune joueur dépasse les attentes, et cette édition n’en manquait pas. Celles qui accompagnent les derniers pas de Gaël Monfils sur la terre battue parisienne. Celles qui naissent lorsqu’un João Fonseca bat son idole de jeunesse, Novak Djokovic, dans un duel qui ressemble à un passage de témoin entre deux générations. Mais aussi celles, plus discrètes, qui se cachent ailleurs. Dans le regard d’un photographe qui vient d’obtenir le cliché qu’il cherchait depuis des heures. Dans celui de deux jeunes ramasseurs de balle qui découvrent l’envers du décor. Ou encore dans les discussions d’une équipe passionnée qui s’émerveille devant un passing de Martin Landaluce au "meilleur des moments", comme aiment si souvent le rappeler les rédacteurs Rémi Bourrières et Marion Theissen.
Avant cette expérience, Roland-Garros était pour moi un tournoi à la télévision. Depuis cette quinzaine, il est devenu bien davantage. Un lieu où chacun vit la même histoire depuis son point de vue. Et même si l’on parle souvent de culture de l’instant dans le sport, je peux l’affirmer sans l’ombre d’un doute : de toutes les éditions que j’ai eues la chance de suivre, celle-ci restera la plus belle. Non seulement pour ce qu’elle a offert sur les courts, mais surtout pour tous les regards qu’elle m’a permis de découvrir autour.








