Calbo, un "petit nounours" engagé sur et en dehors des courts
M.T.
12 janvier 2026
Décédé la semaine dernière, Calbony Mbani, plus connu sous le nom de Calbo, n’était pas seulement connu pour son talent d’artiste. Membre du groupe Ärsenik avec son frère, il s’est aussi très longtemps impliqué dans son club de tennis, le Villiers-le-Bel TC dans le Val-d'Oise.
Dans "Boxe avec les mots", l’une de ses toutes premières chansons, il affirmait : "Qui peut prétendre faire du rap sans prendre position ?". C’est ce que Calbo a décidé de faire tout au long de sa vie. À travers plusieurs combats qu’il a menés, le rappeur a pris position, défendu des rêves d’égalité et d’ascension et s’est engagé pour et auprès des jeunes. D’abord à travers les paroles des textes de son groupe, Ärsenik – formé avec son petit frère Lino –, puis dans sa passion pour le sport, notamment le tennis.
Passé par le football, il a d’abord découvert le tennis grâce à Yannick Noah – et sa victoire à Roland-Garros, en 1983 – mais surtout grâce au club de Villiers-le-Bel, qu’il a d’abord fréquenté dans la peau d’un "clandestin" – comme il l’avait décrit lui-même à notre micro, sourire aux lèvres !
"Ici, c’est le club où j’ai tapé mes premières balles, en passant sous le grillage avec le gardien, que Dieu ait son âme, qui nous faisait fuir avec ses chiens à l’époque. On était une petite bande de footballeurs qui aimions le tennis et on en profitait lorsqu’on voyait des terrains vides. Ce club de tennis, c’était l’antre interdite pour nous." Une interdiction de jeunesse qu’il a transformé en passion puis en vocation : celle de mettre en avant l’importance du sport (et en l’occurrence du tennis) pour les jeunes notamment dans les quartiers. Grâce au club de Villiers-le-Bel, qu’il considérait comme son QG, celui que l’on surnommait "petit nounours" s’est pleinement investi dans ce projet : "Moi, je viens de ces quartiers et pour avoir grandi dedans, je sais qu’il faut venir nous chercher parce qu’on n’a pas le réflexe d’aller vers le tennis. Mais on se rend compte que si le tennis va dans les quartiers, tu peux découvrir des jeunes talents, des jeunes qui kiffent parce que tu es venu les voir, tu es venu les chercher. Et c’est ce qu’on s’attelle à faire !"
Pendant près de 20 ans, Calbo a œuvré dans sa ville et dans son club pour le faire grandir et valoriser notamment l’équipe féminine.
Aux côtés de Jérôme Boulay, directeur sportif de Villiers-le-Bel mais surtout son meilleur ami, il a vécu une aventure extraordinaire associant ses valeurs à l’inspiration nécessaire à l’artiste. "Il a poussé les portes du club il y a 20 ans et il n’en est jamais reparti. Il en a fait un havre de paix au point de venir ici pour écrire les textes de ses chansons, se rappelle avec émotion Jérôme Boulay. C’est l’endroit où il se sentait le mieux. La plupart de ses chansons ont été écrites au club, il pouvait y passer 8h, 10h par jour !"
Passionné, dédié, Calbo était "un homme très attachant", qui est toujours parvenu à faire passer le bonheur des autres avant le sien. "Il a réussi à nous avoir des tenues et à équiper toutes les joueuses pour les championnats de France grâce à son rôle d’ambassadeur et d’égérie pour la marque Lacoste", se souvient encore celui qui est devenu le parrain de sa fille. "C’était un homme de confiance, un homme généreux, qui a toujours été là pour le club."
Il a toujours cru en ses rêves
"Il m’a toujours dit : Jérôme, un jour on sera champion de France, se rappelle encore son ami de longue date. Et je lui avais répondu : tu sais Calbo, on ne peut pas être champions de France comme ça, c’est beaucoup de travail, beaucoup d’argent… Mais il en était persuadé." Et l’avenir lui a donné raison : en décembre 2024, les filles de Villiers-le-Bel, promues en Pro A cette même saison soulevaient la coupe à Colomiers, après une victoire 4-1 contre le club d’Eaubonne. "Calbo a pu vivre ce moment avec nous et c’est le plus beau cadeau que le club ait pu lui faire. Ce titre de champion de France, c’est ce qui lui tenait le plus à cœur." Il laissera une trace indélébile dans nos cœurs.


