Violences sexuelles sur mineurs : cinq leviers pour prévenir et agir

Rémi Bourrières

27 janvier 2026

Dans ce nouvel opus - très particulier - de "Conseil aux compétiteurs", nous abordons un sujet sérieux : les violences sexuelles faites aux mineurs.

Depuis quelque temps, le paysage a changé : la parole a commencé à se libérer, la culpabilité a changé de camp et le sentiment d'impunité qu'ont pu ressentir les prédateurs par le passé a reculé. Mais le combat doit se poursuivre sans relâche. Avec la cellule intégrité et Mélanie Maillard, responsable du département mental et psychologique auprès des territoires, nous avons identifié cinq leviers d'action dans cet article qui s'adresse essentiellement aux parents et aux proches de nos plus jeunes compétiteurs.

Bien que vigoureusement combattu aujourd'hui, le fléau demeure. La FFT, au relais de la société en général, a donc fait de la protection des pratiquantes et pratiquants l'une de ses priorités, notamment en créant en 2019 une Cellule Intégrité qui multiplie les actions de sensibilisation et de prévention contre les violences.

1) Créer un climat de confiance et d'écoute

C’est le socle du dispositif de prévention effectué par la FFT – et par la société en général – depuis plusieurs années. Contrôles d'honorabilité, vérification des cartes professionnelles, entretiens psychologiques, numéros d'écoute, campagnes de sensibilisation, formations dédiées, etc. : tout est mis en place pour assainir l'écosystème tennistique.

"Nous essayons de multiplier les canaux pour créer un climat de confiance autour des victimes. Si elles parlent, elles seront crues", synthétise Martin Richer Delforge, chargé de mission à la cellule intégrité. Avant, l'une des raisons pour lesquelles les enfants ne disaient rien, c'est parce qu'ils ne conscientisaient pas le fait de subir quelque chose d'anormal. Aujourd'hui, ils sont beaucoup plus avertis sur ces sujets."

Un progrès rendu possible avec le relais d'associations telles que "Bien jouer" ou "Rebond", fondées respectivement par Isabelle Demongeot et Angélique Cauchy (soutenues par la FFT depuis leur création).

Il faut aussi intégrer le fait qu'un enfant pratiquant le tennis peut également être victime dans un autre cadre que celui de la pratique : à l’école, dans ses loisirs, dans sa famille. En ce sens, la FFT encourage ses dirigeants, ses éducateurs et l’ensemble des licenciés à promouvoir une culture de bienveillance et de vigilance pour accompagner au mieux les victimes. Elle leur fournit les outils pour qu'ils puissent eux aussi alerter les services dédiés pour faire en sorte qu’aucune parole libérée ne s’arrête au stade de l’alerte, mais aille bien jusqu’au signalement.

© Emilie Hautain / FFT

2) Décrypter les signaux faibles envoyés par l'enfant

Même si la parole se libère, il reste difficile pour un jeune enfant de verbaliser des faits aussi graves. "Les enfants parlent souvent autrement qu'avec des mots : ils envoient des signaux faibles, précise Hugo Buffard, délégué intégrité de la FFT. Colère, tristesse, repli sur soi, surinvestissement, troubles alimentaires…. Les signaux peuvent varier, et aucun n'est à négliger. Il faut surtout être attentif à un changement brutal de comportement."

L'exercice n'est pas facile. Les signaux ne sont pas tous – heureusement – synonymes de violences sexuelles. "Quand on fait du sport et notamment en compétition, on joue avec ses limites et parfois, la pression peut engendrer des variations émotionnelles, concède Mélanie Maillard. Ce qui doit alerter, c'est lorsqu'il y a une rupture d'équilibre chez l'enfant : il peut se passer dans sa vie quelque chose qu'il ne peut pas gérer, et dont il n'arrive pas à se protéger".

D’où l’importance d’un environnement bienveillant, pour apaiser d’abord, observer ensuite, et petit à petit parvenir à comprendre l'origine de ces signaux.

© Cédric Lecocq / FFT

3) Identifier les conduites à risque chez l'adulte

En tant qu'encadrant, a fortiori d'un jeune public, l'adulte a un devoir d'exemplarité et de bienveillance. S'il s'en détourne, cela peut potentiellement être pour de très mauvaises raisons.

"Toute attitude irrespectueuse, moquerie, dévalorisation, silences inadéquats, isolement et bien sûr violences physiques ou verbales est proscrite, rappelle Mélanie Maillard. Parfois, cela peut être plus pernicieux. Certains vont rentrer dans une forme de séduction, de manipulation, vouloir intégrer le cercle familial ou faire de la rétention d'information..."

L'adulte peut aussi avoir, inconsciemment, des comportements inappropriés. C'est à cet effet que la FFT a publié un document - "Principes de bonne conduite des encadrants sportifs" - listant 11 types de comportement à éviter : entrer dans la chambre d’un mineur, le ramener seul en voiture, effectuer un contact physique à visée pédagogique sans solliciter son consentement, etc.

Ce document, que l'on peut retrouver en ligne, "a pour objectif à la fois de protéger les pratiquants mais aussi les encadrants qui peuvent parfois avoir un geste ou un propos déplacé involontaire", précise Martin Richer Delforge.

Une sorte de prévention à double sens, en quelque sorte.

4) Poser un cadre entre l'élève et l'encadrant

L’encadrant sportif doit savoir garder sa place et son rôle et les parents doivent s’assurer que celui-ci n’outrepasse pas ses prérogatives. Les encadrants n’ont pas pour mission de raccompagner les enfants chez eux après les cours, de les héberger pour la nuit, ni d’échanger avec eux sur les réseaux sociaux ou par messages.

Le cadre doit donc être posé en amont, dans une relation tripartite claire et assainie entre l'enfant, les parents et l'enseignant. La plupart du temps, il l'est de manière naturelle. Si ce n'est pas le cas, il faut en parler.

"L'enseignant doit expliquer les règles de fonctionnement, les parents ne doivent jamais être mis sur la touche, souligne Mélanie Maillard. Et s’ils sentent que la ligne rouge est franchie, ils ne doivent pas hésiter à le confronter : c'est leur droit et leur rôle."

© Clément Mahoudeau / FFT

Isabelle Demongeot et sa jeune élève.

5) Communiquer, toujours

Le rôle crucial des parents, parlons-en. La difficulté pour eux est souvent de trouver la juste place entre une nécessaire distance et une proximité de tous les instants avec leur enfant.

Dit autrement, "il est nécessaire d'être proche de son enfant mais en tant que personne, pas en tant que joueur ou joueuse de tennis (Mélanie Maillard). Car un enfant qui se sent déjà un peu instrumentalisé, qui a l'impression que ce qu'il fait est plus important que ce qu'il est, devient davantage vulnérable. A la FFT, nous essayons d'éveiller les parents à cela."

Qu'il soit investi ou non dans le projet sportif, le rôle du parent est avant tout de créer un refuge, une bulle de sécurité dans laquelle l'enfant sait qu'il pourra se réfugier. Cela implique parfois, comme on l'a dit, d’interroger l’entraîneur au moindre doute. Et sans attendre.

"Il vaut mieux faire part d'un doute à l'entraîneur, quitte à l'offenser, plutôt que de regretter éternellement de n'avoir jamais rien dit, insiste Mélanie Maillard. Nous formons des encadrants pour qu'ils comprennent que ces questions sont normales. On ne peut plus se permettre de faire courir le moindre risque aux enfants."

Si vous êtes victime ou témoin…

En cas de danger immédiat, appelez la gendarmerie (17).
Pour un doute, un signal faible ou des faits anciens, vous pouvez contacter :
– la Cellule Intégrité de la FFT (delegueintegrite@fft.fr).
– la Cellule Signal-sports du Ministère des Sports.
– Allô Enfance en Danger (119).

La FFT travaille avec les services de l’État afin de coordonner les actions disciplinaires, administratives et judiciaires.

Ces démarches juridiques sont essentielles, car "la reconnaissance extérieure de la culpabilité est un élément clé de la reconstruction des victimes", conclut Mélanie Maillard.