Prônant une utilisation raisonnée des statistiques, Cédric Leduc, responsable de la recherche et de l’optimisation de la performance à la DTN, entend créer des outils d’analyse et de tests physiques utiles à la progression de l’ensemble du tennis français. Rencontre avec celui qui a travaillé dans le football, le rugby ou encore l’athlétisme.
Quelle est votre formation universitaire puis votre parcours au sein du monde sportif ?
J’ai démarré par une formation classique en STAPS avec une licence obtenue à Besançon, avant d’enchaîner par un premier Master à Lille. J’ai alors effectué un stage au sein de l’équipe de football du LOSC, aux côtés du préparateur physique Grégory Dupont (champion du monde 2018 avec l’équipe de France, également préparateur physique de Zinedine Zidane au Real Madrid, ndlr). Je suis ensuite parti quelques mois en Australie afin de visiter les universités locales et découvrir le fonctionnement des clubs de football, avant une expérience à la Fédération Française de Rugby auprès des équipes de France de Rugby à 7. À partir de 2017, j’ai effectué ma thèse à l’Université de Leeds Beckett. En parallèle, j’étais préparateur physique pour une équipe de rugby à XV et je m’occupais d’un groupe d’athlètes (800m, marathon, triathlon) qui préparaient les Jeux olympiques de Tokyo.
Votre premier poste, c’était à Crystal Palace aux côtés de Patrick Vieira...
Effectivement, en tant que “sport scientist” au sein du département médical et performance de l’équipe première. Mon rôle consistait principalement à produire des informations utiles et actionnables issues des données inhérentes à la pratique du football professionnel. Cela passait par le fait d’aider à la construction des semaines d’entraînements, l’analyse des matchs, l’état de forme de l’équipe ou encore l’évaluation du risque de blessure. Par la suite, j’ai rejoint le PSG sur un poste similaire mais avec une vocation plus transversale, c’est-à-dire que je pouvais intervenir sur l’ensemble des équipes (équipes professionnelles masculine et féminine, formation) et des différents sports (handball, judo).
Depuis novembre 2025, vous avez intégré la DTN aux côtés de Didier Retière comme responsable de l’optimisation de la performance...
Effectivement, je dois donc proposer une vision à 360 degrés puisque l’idée est d’accompagner les coachs, les préparateurs physiques et les autres acteurs et actrices sur tous les aspects satellites de la performance du tennis. Ceci englobe la préparation physique, l’analyse vidéo, les sciences du sport et la préparation mentale. Le tennis est un sport nouveau pour moi avec une culture très riche. Cependant, j’apporte une nouvelle méthodologie de travail transposable à cet univers et similaire à celle que l’on utilise dans d’autres sports.
Quel est votre point de départ ?
Notre volonté est de parvenir à une très bonne compréhension (physique, mentale, technique, tactique) afin de déterminer les ressources nécessaires pour gagner puis de mettre en place les meilleures méthodologies d’analyse possible au service de chaque projet sportif. Par exemple, cela peut prendre la forme de retours vidéo ou de rapports écrits aux entraîneurs en extrayant des données qui peuvent être utiles, pertinentes pour eux. De la même façon, on peut mettre en place des évaluations pour accompagner les préparateurs physiques dans le suivi et le développement de capacités spécifiques. Il faut comprendre que le but est de créer le meilleur accompagnement possible pour la performance de demain, même si en tennis, ce secteur est encore relativement émergent par rapport à la NBA, au football ou encore au rugby.
Votre travail s’inscrit parfois aussi dans un temps court....
Oui, lors du parcours victorieux de Ksenia Efremova à l’Open d’Australie, il a par exemple fallu apporter des éléments d’un tour à l’autre, à Ivan Ljubicic ou à son entraîneur, pour comprendre comment physiquement, tactiquement ou techniquement, elle avait été supérieure à son adversaire et dans quels domaines elle pouvait craindre sa future adversaire.
Vous vous appuyez sur la data, les statistiques...
Oui, car elle est aujourd’hui partout, sur ou en dehors du court. Elle est inhérente à tout champ disciplinaire. Mais pour quoi faire ? Quelle est la pertinence de ces données pour le projet sportif ? La vidéo reste la source principale afin de progresser sur le plan technique ou tactique. Par ailleurs, on peut établir, sur un plan qualitatif et quantitatif, les qualités physiques nécessaires (explosivité, puissance de frappe, capacité à répéter les efforts) afin de proposer ensuite les meilleures orientations possibles de l’entraînement. Mais nous devons garder à l’esprit que tous ces outils doivent avant tout répondre aux besoins réels des personnes qui sont aux contacts des joueurs et joueuses. De plus, il faut s’assurer au préalable de la fiabilité des données afin d’éviter des mauvaises conclusions potentiellement délétères pour l’athlète.
Tenez-vous à relativiser l’importance des statistiques au service de la performance ?
Oui. Une donnée aide simplement à prendre des décisions avec des risques plus ou moins ajustés. Elle vient juste confirmer ou pas l’expérience des entraîneurs et des préparateurs physiques sur le terrain. C’est comme une assurance que l’on prend mais que l’on n’utilise que le cas échéant. On parle souvent du 1% qui fait la différence, mais cela implique avant de gérer les 99% restants. Vous pouvez utiliser n’importe quel outil révolutionnaire, mais si vous n’avez pas 8 à 10 heures de sommeil quotidien, une bonne récupération, une hygiène de vie saine, cela n’aura pas l’effet recherché. Plus largement, notre département n’est pas seulement un fournisseur de données. Il a l’ambition d’être une force de proposition et un soutien fort au service du tennis français.
Propos recueillis par B. Blanchet






