Eric Ferrazzi (46 ans), cordeur de l’équipe de France de Billie Jean-King Cup, nous donne quelques conseils pour faire les bons choix en matière de cordage. Échanges.
Tous les joueurs en ont un, mais assez rares sont ceux qui se posent vraiment des questions dessus. Alors comment choisir son cordage ?
Il faut déjà savoir qu'il existe quatre grandes familles de cordages. Historiquement, celui qui a été inventé en premier est le boyau naturel. Puis dans les années 50, les synthétiques - ce qu'on appelle les synthétiques gut - sont apparus. Après sont arrivés les "multis", les multifilaments, plein de fils tressés ensemble. Et dans les années 90/2000 a été inventé le monofilament.
Il n'y a aucun cordage ultime, aucun qui est mieux que les autres. C'est un peu comme les raquettes : il n'y en a pas une qui fera de vous un vainqueur en Grand Chelem. La question à se poser avant tout est : qu'est-ce qu'on va rechercher ? Quelles sensations je veux avoir ?
Le cadre ne marche pas sans le cordage et le cordage ne marche pas sans la raquette. C'est notamment très important dans les monofilaments. Je ne conseille jamais de mettre des monofilaments sur des raquettes inférieures à 300 grammes. Il y a des exceptions, surtout chez les pros ou chez les jeunes qui sont déjà négatifs. Mais les monofilaments sont des cordages très rigides. Et les derniers créés, les polyesters, ou les co-polyester, sont encore plus rigides et fatiguent généralement beaucoup les muscles. Lorsqu'un jeune est en pleine construction, ce ne sont pas des cordages qu'il faut conseiller.
Mais arrivé à un certain niveau, si un joueur casse des cordages toutes les cinq heures à l'entraînement, ça devient compliqué et on a tendance à donner des cordages très rigides qui vont être capables d'encaisser les lifts, le spin. Et ça, effectivement, le monofilament peut le faire. Mais cette tendance à donner des cordages rigides pour que ça tienne plus longtemps doit être surveillée.
Depuis quelques années, on parle beaucoup de l'hybride…
L'hybride, c'est un peu le meilleur de tous les mondes. Il faut savoir qu'une raquette en carbone jouée en tout gut est quasiment incontrôlable. La dernière personne que j'ai réellement cordée qui jouait en "full" boyaux sur des raquettes en carbone, ça devait être en 2016 !
Depuis récemment, nous avons la chance de pouvoir compter sur ce qu'on appelle des hybrides. C'est un nom un peu bizarre mais c'est juste un mélange de deux familles de cordages.
Est-ce que jouer avec les jauges peut -être intéressant ?
Je le recommande ! Sans changer de marque, si vous cassez toujours sur les travers ou sur les montants, il peut être recommandé de simplement changer d'une jauge ou de deux, de monter à 130 voire 135.
J'adore changer les jauges. J'ai des réglages que j'aime beaucoup, notamment sur le haut niveau. J'aime beaucoup, par exemple, le cut dans les montants parce que j'ai beaucoup de sensations et de garder quand même un monofilament dans les travers.
Généralement, j'essaie de mettre à minima une jauge. C'est-à-dire que si mon gut est en 130, mon monofilament va être en 125. Tu peux jouer en 130 et 120. Mais après, il faut faire très attention. Il y a plein de petites astuces comme ça. Mais c'est vrai que ça nous permet d'avoir un panel de possibilités et de pouvoir accompagner le joueur au plus proche de leur sensation et de ce qu'ils veulent.
Autre chose sur le monofilament : c'est un cordage qui perd très vite en tension et il faut le couper régulièrement. Par exemple, pour un joueur qui pratique une fois par semaine en club, une heure par semaine, il faut re-corder au minimum deux fois la raquette à l'année. Et pour quelqu'un qui joue trois heures par semaine, il faudra penser à changer trois à quatre fois par an. Un monofilament est tellement rigide, il tellement perdre vite en tension que si on ne le change pas tous les mois, il vaut mieux oublier ce cordage. Il faut savoir être raisonnable.
Mais alors quels choix font les joueurs professionnels ?
Aujourd'hui, il y a beaucoup de joueurs professionnels en hybrides avec des boyaux et le reste est en monofilament. Mais un pro aujourd'hui va utiliser entre quatre et six raquettes par match sur un Grand Chelem en cinq sets ! On va corder cinq raquettes pour un match et le lendemain, quand le joueur s'entraîne, il va nous ramener encore deux raquettes. Pareil pour le tennis féminin, deux sets gagnants : une joueuse américaine nous demandait 10 raquettes par match - RG2018).
Un joueur amateur, lui, se retrouverait avec un cordage très rigide, qui ne va plus absorber les vibrations et qui risque de provoquer des blessures. En revanche, oui, pour les joueurs de très haut niveau, il y a un son, il y a aussi ce qu'on appelle le snapback : la vitesse à la corde. Quand la balle tape dans ton tamis, c'est la vitesse à laquelle la corde va se remettre en position.
Un multifilament ne va jamais revenir plus vite que la balle ne va pas repartir. Alors que le snapback du monofilament… La raquette est tellement tendue, tellement rigide, qu’elle va imprimer du spin à ta balle. Mais pour faire ça, il va perdre en tension rapidement.
Pour un amateur, au final, quel type de cordage est conseillé ?
Pour moi, un amateur qui choisit le multifilament fait le bon choix : c'est confortable et il y a de la puissance. Quand on n’a pas les moyens d'aller en boyaux, le multi est une très bonne option. En cas de budget serré, ou en prenant l’exemple d’un amateur qui ne joue qu'une fois par semaine, les synthétiques sont également très agréables. Il ne faut pas en attendre des merveilles, mais c'est parfait pour les débuts.
Si vous souhaitez vous entraîner pour garder la forme et pour prendre du plaisir, je recommande le multifilament. Ça a du peps, de la puissance tout en restant confortable.
Pour les jeunes qui ont une petite blessure ou des personnes un peu plus âgées, les cordages boyaux et les multifilaments sont très confortables. Par nature, ils vont absorber les vibrations néfastes qui peuvent abîmer les muscles. On va avoir tendance à pousser les gens à changer pour des cordages beaucoup plus souples afin de ne pas blesser leur corps
Le choix du monofilament est beaucoup moins pertinent si on n’a pas la technique pour jouer avec beaucoup de lift. Les synthétiques et le multi devraient être le choix classique pour les amateurs.
Et vous, avec quel cordage jouez-vous ?
Aujourd'hui, j'ai 46 ans et je commence à m'amuser avec des raquettes légèrement plus légères, plus maniables. Par principe, je ne mets plus de monofilament. Et je trouve que la raquette m'apporte de la légèreté, plus de vitesse. Ceci étant, il y a plein de choses qu'il faut prendre en compte. J’ai été 15/5 même si en règle générale, je jouais plutôt 30/1. Quand je suis passais de 30/1 à 30, j'avais besoin d'une raquette un peu plus lourde pour frapper fort au service et avoir plus de puissance en retour. C'est vraiment tout le « setup » qu'il faut prendre en considération, le cordage et la raquette. Le tout peut vraiment influencer notre jeu.
Propos recueillis par E. Bringuier






