Dans ce nouvel opus de "Conseils aux compétiteurs", nous vous proposons quelques pistes de réflexion à suivre lorsque vous affrontez un adversaire sur un nuage. Si cela vous arrive, ne vous découragez pas… et tentez ceci.
Lors de notre précédente chronique, nous évoquions avec Stéphane Robert ces jours difficiles où l'on n'a aucune sensation. En prolongeant l'échange avec l'ancien joueur français, désormais entraîneur de Kyrian Jacquet et d'Ugo Blanchet, la question de la problématique inverse (en quelque sorte) s'est imposée : comment faire les jours où l'on affronte un adversaire qui sent la balle comme jamais et marche littéralement sur l'eau ?
Parfois, il n'y a pas grand-chose à faire, sinon le féliciter à la fin, comme l'a récemment fait Arthur Fils après sa nette défaite en finale de Doha face à un Carlos Alcaraz en lévitation. Mais il arrive aussi que l'on puisse instiller le doute dans sa tête, tout en restant totalement 'fair-play', bien sûr. Et puisqu'il serait dommage de se résigner sans rien tenter, voici trois pistes pour essayer de le faire sortir de ses rails.
1) Le sortir de son plan de jeu
Manifestement, votre tennis ne gêne pas votre adversaire. Il va falloir l'extirper de cette filière dans laquelle il déroule. Perdu pour perdu, autant tenter autre chose. Au-delà de l'ajustement tactique, l'objectif est surtout de "casser" l'élan adverse, de provoquer une rupture nette dans le rythme du match.
"D'une manière ou d'une autre, il faut arriver à le faire réfléchir et pourquoi pas à le déstabiliser, résume Stéphane Robert. Mais dans les règles, bien sûr : par le jeu ! Pour cela, il faut tout essayer, varier au maximum, produire des choses nouvelles et parfois même des choses un peu folles pour le dérouter. Personnellement, j'aimais bien ça, tenter des coups un peu imprévus pour montrer que j'étais là, prêt à chercher une solution. En résumé, il faut parvenir à sortir l'adversaire de sa routine de jeu."
On connaît la formule attribuée à Einstein : la folie, c'est de faire toujours la même chose et de s'attendre à un résultat différent. Si aucune issue ne se dessine, passez au plan B, voire C. Le destin peut vous donner un coup de pouce. L'ancien 50e mondial garde ainsi en tête le souvenir de sa première victoire sur dur contre un joueur du top 100, le Sud-Coréen Hyung-Taik Lee (36e mondial en 2007), au Challenger de Besançon en 2006. Mené un set, 4-0, il avait bénéficié d'une grosse erreur d'arbitrage et donné le point à son adversaire… déboussolé par ce geste de fair-play.
"Je ne sais pas ce qu'il s'est dit à ce moment-là, mais ça l'a complètement déstabilisé. Derrière, le match a tourné. C'était un joueur très fort mais très carré. Il fallait le faire sortir de ses rails. Là, c'était involontaire… mais c'était la bonne tactique si l'on peut dire !", s'amuse encore le Montargois.
© Amélie Laurin / FFT
Un changement de tactique et le match peut basculer, qui sait...
2) Faire durer le match le plus longtemps possible
La logique est implacable : plus le match dure, plus le moment de grâce adverse s'approche de la fin. Car il est compliqué, surtout au niveau amateur, de maintenir sur la durée un niveau de jeu et une concentration maximums sans connaître, à un moment donné, une baisse d'intensité.
Nous en avons également parlé à Luca Van Assche lors du dernierChallenger de Lille, que le jeune Français a remporté après avoir frôlé l'élimination au premier tour face à Leandro Riedi. Le Suisse, huitième de finaliste à l'US Open 2025 (avant une blessure au genou), menait 6/3, 5-3 en produisant un tennis étincelant… avant de se déliter presque brutalement.
Pourquoi ? Parce que Van Assche n'a rien lâché. "Quand un adversaire joue le feu, j'essaie simplement d'être moi aussi le meilleur possible et de m'accrocher jusqu'au bout en espérant qu'il ait une petite baisse à un moment donné, explique le Français, qui vient de faire son retour dans le top 100. Parfois, cette baisse n'arrive pas et il n'y a rien à dire. Mais souvent, une petite ouverture finit par se présenter. C'est ce qui s'est passé. J'ai eu le mérite de tenir au maximum, il s'est un peu tendu au moment de servir pour le match, et j'en ai profité."
L'exemple est éclairant : même si vos efforts semblent, dans un premier temps, n'avoir aucun effet, ils en ont forcément un, parfois invisible, parfois différé. À force de résistance, on use. À force de présence, on pèse. Encore faut-il accepter de continuer à se battre dans la tempête. Cela demeure, au fond, la base de tout.
© Nicolas Gouhier / FFT
S'accrocher, toujours, car plus un match dure, plus l'élan a des chances de changer de camp.
3) Le faire réfléchir
Sur le circuit amateur où il est courant d'échanger quelques mots avec son adversaire, courtoisie et fair-play sont de rigueur. Mais si votre adversaire joue le feu, peut-être qu'un simple compliment de votre part peut avoir un effet disons... particulier sur lui.
Stéphane Robert nous sert un souvenir savoureux sur le circuit CNGT à Lacanau, fin 2005. Redescendu à -30 après avoir atteint le top 200 mondial un an plus tôt, il affronte un joueur classé -15 qu'il est censé battre facilement. Mais le match est pourtant très accroché. Il finit par remporter le premier set au jeu décisif : "Au changement de côté, je lui dis : 'Tu joues super bien, si on continue comme ça au deuxième set, on va atteindre des sommets !' J'imaginais bien que cela pouvait le faire cogiter, j'avoue. Et ça n'a pas raté : j'ai gagné le deuxième 6/1."
Loin de nous l'idée de vous conseiller d'user de cette manœuvre pas si innocente que ça. Mais discuter amicalement avec son adversaire n'est pas de la triche. L'anecdote narrée par Stéphane Robert fait écho à la théorie de Timothy Gallwey, auteur du best-seller 'Le Jeu Intérieur du tennis'. Dans son ouvrage, l'auteur explique qu'un joueur dans la zone agit sans réflexion consciente. Son geste est fluide justement parce qu'il n'est pas analysé.
"Le moment de grâce, écrit-il, s'étire jusqu'à ce que le joueur en prenne conscience et s'efforce de le faire durer. La prochaine fois que votre adversaire connaîtra un tel moment, contentez-vous de lui demander au changement de côté : 'Dis-moi, qu'est-ce que tu as changé à ta façon de faire pour que ton coup droit soit si efficace, aujourd'hui ?' S'il se met à réfléchir à son geste en vous expliquant comment il va chercher la balle vers l'avant et l'accompagne au mieux en tenant ferme son poignet, vous pouvez être sûr que c'en sera fini de son moment de grâce. C'est en vain qu'il voudra reproduire ce qu'il vous aura tout juste expliqué."
Soyons clair : si votre adversaire élude rapidement la conversation, n'insistez pas. Il a le droit de rester dans sa bulle. Et si c'est vous qui un jour êtes dans un jour de grâce, soyez malin, reportez poliment cet échange sympathique lors d'un changement de côté à l'après-match.
© Cédric Lecocq / FFT
"Très impressionnant ton coup droit, tu t'es inspiré d'Alcaraz ?"








