Gaël, au revoir et un grand, grand merci

G.B.

3 novembre 2026

Gaël Monfils a mis un terme à sa belle et longue carrière, à l'âge de 40 ans. À l’heure de faire le bilan de ce qu’il a accompli et de mesurer la trace qu’il va laisser dans ce sport, on a davantage envie de parler d’émotions, de passion, de plaisir que d’énumérer des chiffres ou des records. "La Monf" va nous manquer.

Charisme. Si l’on devait choisir un mot pour essayer de décrire ce qu’était le joueur de tennis, on pense à charisme.

En 23 ans de carrière sur le circuit professionnel, Gaël Monfils a conquis de nombreuses victoires (13 titres), il a tutoyé les sommets (deux demi-finales en Grand Chelem, une 6e place mondiale). Mais il n’a pas les records étourdissants d’un Novak Djokovic, il n’a pas son nom gravé dans la légende comme Rafael Nadal ou Roger Federer. Il n'a pas non plus un palmarès aussi riche que celui de son ami Jo-Wilfried Tsonga.

Non, si Gaël Monfils a réussi à laisser une trace indélébile dans son sport, c'est davantage grâce à son charisme qu’à des succès retentissants. Même si évidemment, il peut être fier de sa longévité et de ses grandes victoires (notamment deux face à des numéros un mondiaux, Daniil Medvedev et Rafael Nadal), de ces 12 matchs gagnés en Coupe Davis (pour seulement 3 défaites).


Le roi de Youtube


Par son jeu spectaculaire, par son sens du spectacle, par ses glissades invraisemblables, par ses défenses héroïques, Gaël Monfils a su faire lever les foules du monde entier, en particulier à Roland-Garros où il a construit une histoire passionnelle avec son public, mais ailleurs aussi. Partout. Tout fan de tennis a forcément visionné un jour les célèbres hot shots de "La Monf" sur YouTube ou ailleurs. Des plongeons, des blind shots, des smashes 360°, des coups droits sautés dévastateurs, des coups frappés entre les jambes, sa palette était unique. Quand on a demandé aux anciens grands joueurs et aux meilleurs joueurs actuels de rendre hommage au Français au moment où il tire sa révérence, la plupart ont évoqué deux choses : les hot shots ("C'est toi qui m'as donné envie de jouer au tennis", a même glissé Ben Shelton) et sa gentillesse, sa bonne humeur, son sens de la camaraderie dans les coulisses. "On voulait tous être un peu Gaël Monfils", a dit Roger Federer. "Le plus important, tu étais une personne formidable", a juré Carlos Alcaraz.

Insaisissable et attachant


Gaël Monfils a enchanté les gamins, ravi les adultes, a fait allumer la télévision aux plus nostalgiques des mordus de tennis. Athlète hors normes, défenseur hors pair, nanti d’une puissance de feu, il aurait peut-être pu être l’élu du tennis français, le successeur tant attendu de Yannick Noah, le dernier joueur français vainqueur en Grand Chelem. Mais la concurrence fut rude, les blessures ne l’ont pas épargné et, sans doute, son amour de la vie et des autres, une certaine forme de pudeur et les doutes qu’il pouvait avoir sur lui-même l’ont empêché d’atteindre le Graal.

Le dernier des Mousquetaires à dire au revoir au tennis fut un paradoxe à plus d’un titre sur le circuit. Comment expliquer que ce joueur, si fuyant avec les médias, soit autant adoré par la presse du monde entier ? Comment expliquer qu’il fut à la fois insaisissable et si proche pour ses fans ? L’auteur de ces lignes peut en témoigner, il pouvait à la fois ne pas se montrer fidèle au rendez-vous médiatique fixé depuis des semaines tout en se montrant d’une gentillesse et d’une politesse désarmantes pour un joueur de sa stature quand on le recroisait un peu plus tard.

On l’a vu prendre tant de fois le contrepied de l’évidence… Quand par exemple il avait critiqué le choix de son capitaine de Coupe Davis Yannick Noah d'organiser un premier tour en Guadeloupe, là où sont ses racines. "La Monf" avait ensuite reconnu que cette rencontre avait constitué l'un des moments les plus forts de sa carrière. Son histoire avec la Coupe Davis et l'équipe de France est d'ailleurs assez symbolique : il n'a pas participé à la dernière campagne victorieuse en 2017 alors qu'il a rendu tant et tant de services à l'équipe de France au cours de sa carrière.

Un champion, un show man, un homme attachant qui voulait aussi éviter la lumière, le joueur fut tout cela. Une chose est sûre, il va nous manquer. Tout le monde s’est un jour levé pour Gaël Monfils.

Quand Gaël se raconte