Labellisé « Club Tennis Santé », le TC Reims (Marne, GE) propose depuis dix ans, dans le cadre du dispositif Prescrimouv, des créneaux dédiés encadrés par Marie-Alix Boisseau (BE2). L’enseignante revient sur les étapes qui ont été nécessaires à la mise en place de ce dispositif Tennis Sport Santé Bien-être et sur les bienfaits engendrés.
A quand remontent les premiers créneaux de Tennis Santé instaurés au TC Reims ?
L’histoire a véritablement débuté en 2014. Le club avait compté parmi ses licenciés le docteur Jean-Luc Grillon qui avait développé le sport-santé en Champagne-Ardennes et m’y avait sensibilisée. Puis Serge Rothier, président du CROS, m’a conseillé de me former, avec cette idée de développer le Tennis Santé au TC Reims. En marge de ces échanges, j’ai assisté à une conférence sur le thème sport et cancer, avec des médecins venus nous montrer tous les bienfaits du sport chez les malades. Cela m’a convaincue et motivée. D’autant que je trouvais que le club, avec le parc, la piscine, était un lieu vraiment propice au sport santé et à la détente. Le temps de constituer les dossiers administratifs, de demander le soutien indéfectible de la ville de Reims et de faire la formation, nous avons ouvert le premier créneau en 2016 et obtenu le premier label Prescrimouv.
Vers quels patients s’est alors tourné le club ?
Jean-Luc Grillon avait créé à Reims l’association « Réseau Sport Santé Bien-être », qui définit un parcours de santé pour les patients : d’abord le médecin qui prescrit, puis un éducateur en activité physique adaptée qui établit un bilan à l’issue duquel la personne est orientée vers un club proposant l’activité de son choix où des créneaux sont labellisés. Depuis le départ, nous fonctionnons ainsi. Et si des personnes arrivent directement par le bouche-à-oreille, je les oriente systématiquement vers un éducateur en activité adaptée en vue d’effectuer ce bilan. Tous ceux qui participent aux créneaux sont envoyés par des professionnels de santé. Ils ont toutes formes de pathologies : cardiovasculaires, respiratoires, cancers, diabète, arthrose, troubles de l’humeur, prévention du vieillissement...
Aujourd’hui, combien de personnes sont concernées au TC Reims ?
Le dispositif compte 18 inscrits, répartis en trois créneaux selon leurs niveaux et leurs capacités. Et depuis septembre, nous avons développé un quatrième créneau, qui va également être labellisé prochainement, avec le « Club Coeur et Santé » de Reims qui dépend de la Fédération Française de Cardiologie. Au total, le TC Reims accueille aujourd’hui 28 personnes dans ces deux dispositifs.
Quels conseils donneriez-vous à un enseignant qui envisagerait de se lancer ?
L’essentiel est de ne pas partir tout seul. Lancer le Tennis Santé dans un club est un travail d’équipe. Si les dirigeants ne sont pas convaincus du bien-fondé de cette action, ça ne servira à rien. Il faut également être relativement disponible pour accueillir correctement un adhérent qui arrive au club, en réalisant un entretien et une première séance individuelle, voire plusieurs, avant d’entamer les séances collectives. Cela demande du temps, mais c’est capital, car j’observe beaucoup de stress chez des personnes qui se disent souvent qu’elles ne sont pas capables et ne vont pas y arriver. Ce temps d’adaptation est essentiel, avec pour objectif que la personne reprenne confiance en elle et qu’elle ait du plaisir à venir. J’ai notamment accompagné un pratiquant qui avait subi l’ablation d’une tumeur cérébrale et qui avait complètement perdu confiance en lui. Nous avons commencé très progressivement par de courtes séances individuelles en jouant dans un petit espace avec des balles très lentes, suivies de séances individuelles plus longues et plus intensives afin que cet adhérent reprenne confiance et constate qu’il était capable de rejouer avec d’autres. Six mois après, il reprenait la compétition ! C’est une expérience d’une richesse humaine incroyable, que je n’avais jamais vécue dans mon enseignement. Mais si je l’avais intégré directement dans un groupe, je pense qu’il aurait renoncé.
C’est un échange extraordinaire
Est-ce compliqué à mettre en place ?
Au départ, il faut bien sûr être relativement intéressé par l’entraide et le soutien, avoir le goût d’apporter quelque chose au pratiquant. Une fois qu’on est sûr de sa motivation et qu’on a fait la formation, il faut prévoir un certain travail de communication. C’est pour ça qu’il ne faut pas se lancer seul. Il faut savoir d’une part où aller chercher les subventions pour proposer une formule abordable, mais aussi informer les médecins et les professionnels de santé. Un bon conseil est de s’adresser à la Maison de santé de la commune et de proposer aux médecins de prendre part eux-mêmes à une séance de Tennis Santé. Car ce qui fait obstacle est souvent le fait qu’ils ne sont pas informés de ce qui existe dans les clubs ou ne savent pas vraiment en quoi ça consiste. Il y a dix ans, il y avait une bonne dizaine de médecins licenciés au TC Reims. Pas un seul ne nous a adressé le moindre patient... Heureusement, depuis, les choses ont changé ! Il y a donc un réel travail de communication pour l’enseignant et les dirigeants.
Quels résultats avez-vous constatés au fil des années ?
Les pratiquants sont unanimes pour dire que ça apporte un réel bénéfice sanitaire tant physique que psychique. Ainsi, les personnes sous chimio expliquent notamment qu’une pratique adaptée à leur situation atténue leurs douleurs, mais aussi leur procure un moment convivial de détente et les sort de leur isolement. D’autres personnes m’indiquent que leur condition physique s’améliore ou que leurs douleurs lombaires ont disparu. L’aspect mental compte aussi beaucoup. Cela va bien au-delà d’une simple séance de tennis. On rencontre des gens extraordinaires qui traversent une période difficile de leur vie, qui se battent et qui trouvent dans le tennis des aspects ludiques leur permettant pendant une heure de ne plus penser à leurs douleurs, à leur maladie et de retrouver confiance en eux. Les bienfaits que relatent les adhérents m’incitent à en faire davantage. C’est un échange extraordinaire.
Au-delà de leur faire du bien, vous les faites également progresser...
Cette notion de progression est effectivement très importante. Je dois intervenir prochainement lors d’une formation avec des DE qui se forment au Tennis Sport Santé et je vais insister sur ce point, en disant que l’enseignement est un peu le même, à la différence près qu’il faut adapter les apprentissages en respectant les incapacités momentanées ou prolongées de chacun, au jour le jour, et les amener à une pratique préventive et raisonnée. Mais l’essentiel est de les faire progresser, car progresser procure du plaisir et contribue à fidéliser. Il convient également de faire évoluer leur technique, car quand leur technique n’est pas bonne, cela engendre blessures, problèmes articulaires, et douleurs. Il est d’ailleurs important de commencer chaque cours en demandant à chacun s’il est en forme. Il faut être attentif à chacun individuellement et suivre le ressenti des pratiquants au cours de la séance en observant les expressions des visages.
Et qu’en est-il de la fidélisation ?
Ils reviennent, ce dont je suis assez fière ! J’essaie de créer une dynamique pour que les adhérents pratiquent d’autres activités physiques parallèlement et jouent quand ils le peuvent avec d’autres membres du groupe, mais aussi d’autres adhérents du club, en toute autonomie, en s’intégrant peu à peu. On organise par exemple un challenge annuel en organisant des doubles amicaux où tout le monde est convié et joue ensemble. Car mon objectif est qu’ils n’aient plus besoin du tennis sport santé au bout d’une, deux ou trois années, mais restent fidèles au club. C’est aussi là l’intérêt du club !
Propos recueillis par E. Couderc






