Nourchane Ghalfaoui, jeune arbitre : "Une expérience juste magique"

G.B.

19 août 2026

De plus en plus de jeunes femmes se lancent dans l’arbitrage en France, avec réussite. Nourchane Ghalfaoui, 20 ans, en est un bel exemple. La licenciée du TC Lyon, âgée de 20 ans, officie cette année pendant la deuxième session du Roland-Garros Tennis Club. Elle nous raconte son parcours et son expérience déjà riche sur la chaise sur des tournois internationaux ou en tant que juge de ligne lors du Majeur parisien.

Nourchane, racontez-nous votre parcours dans l’arbitrage…

Depuis un peu plus de quatre ans, l’arbitrage est devenu l’une de mes grandes passions. J’ai d’abord découvert le tennis en tant que joueuse, à 8 ans, grâce à mon voisin qui était enseignant à l’AS Grézieu la Varenne, mon premier club. J’ai joué quelques matchs, mais j’étais surtout intéressée par la pratique, l’apprentissage. En grandissant, je me suis intéressée à l’arbitrage, notamment pendant la période du confinement. J’ai eu envie de découvrir le tennis sous un autre angle.  Nous regardions beaucoup les tournois du Grand Chelem à la télévision avec mes parents, et ce sont eux qui m’ont dit qu’être sur la chaise d’arbitre demandait un ensemble de compétences qui pouvait correspondre à ma personnalité. Je me suis dit que j’allais écouter mes parents (sourire) !
J’ai contacté le comité du Rhône et j’ai trouvé une date de formation de niveau 1, au début de l’année 2022. Aujourd’hui, je suis arbitre de niveau 2.

Qu’est-ce qui vous a plu d’emblée dans ce rôle ?

C’est le challenge qu’il représente, la prise de décisions, une plongée dans l’inconnu à chaque fois. Chaque tournoi, chaque match, chaque point est différent. Cela demande beaucoup d’adaptations. On apprend régulièrement dans l’arbitrage quand on officie ou que l’on se forme. Dans le règlement, dans la communication avec les joueurs… Et c’est aussi bénéfique sur le plan personnel.
J’ai vraiment tout de suite adoré ce rôle, la preuve : lors de mon premier match officiel sur la chaise, j’avais 16 ans. C’était lors d’une rencontre interclubs au TC Lyon. Et j’ai arbitré un simple dames qui a duré 3h50. En descendant de la chaise, mes collègues arbitres m’ont demandé « Nourchane, ça va ? » Ils craignaient que je sois dégoûtée de l’arbitrage et en fait, je leur ai dit « Mais non, s’il reste un double, je veux bien le faire ! » Mas tous les matchs du jour étaient terminés. Dommage (rire) ! Globalement, ça s’était bien passé, même si j’étais un peu stressée au début sur la prise de décision, et par la présence du public. Mais j’en garde un bon souvenir.

Quels sont les premiers grands événements sur lesquels vous avez officié ?

J’ai beaucoup arbitré au sein de ma ligue d’abord. J’ai passé le niveau 2 en 2023 et j’ai pu ensuite faire assez vite des tournois Tennis Europe comme celui d’Annecy et des ITF juniors comme Istres ou le Chambon-sur-Lignon. Et j’en fais encore régulièrement. Toujours à 17 ans, je suis allée à Roland-Garros, envoyé par ma ligue, pour faire le trophée national des jeunes arbitres (TNJA). C’est un stage qui m’a permis aussi d’être sur la chaise lors des championnats de France pour la première fois, avant qu’ils ne deviennent le Roland-Garros Tennis Club. On apprend énormément pendant ce stage, à la fois au niveau théorique et au niveau pratique.
L’année d’après, j’ai postulé pour le tournoi de Roland-Garros et j’ai été sélectionnée pour être juge de ligne pendant les qualifications. Puis cela fait deux ans maintenant que je suis également juge de ligne sur le tableau final. Ce qui m’a marqué, au-delà du rêve que représente le fait d’être immergé dans l’un des plus grands tournois du monde, ce sont les rencontres avec d’autres arbitres, notamment des arbitres internationaux. C’est très enrichissant. Pendant ces années à « Roland », j’ai eu la chance d’être juge de ligne sur des grands courts, comme le court Suzanne-Lenglen et le Simonne-Mathieu. Le court Philippe-Chatrier, je l’ai connu pendant les Jeux paralympiques 2024, un événement où j’ai aussi eu la chance d’être retenue et qui m’a beaucoup marqué. J’ai officié notamment pendant la finale du simple messieurs tennis-fauteuil. L’an dernier j’ai eu également la chance aussi d’être arbitre de chaise pendant la première session du Roland-Garros Tennis Club. Et cette année, j’officie pendant la deuxième session.
Toutes ces expériences ont été riches sur le plan humain mais aussi sur le plan de l’apprentissage. J’aime beaucoup regarder les matchs, quand je n’officie pas, pour observer le style de chaque arbitre de chaise. Chacun crée sa propre identité d’arbitre. Tout ça me motive à aller plus loin.

"Nous avons de beaux exemples de femmes au plus haut niveau"

Justement, quelles sont vos ambitions dans l’arbitrage ?

A court terme, j’ai pour ambition de passer le niveau 3. Puis par la suite je veux passer les étapes une par une. Je prends ce qu’il y a à prendre. J’essaie de faire mon petit bout de chemin, mais je laisse la priorité à mes études, dans le domaine de la santé. C’est d’ailleurs ce qui nous est inculqué dans les formations que l’on reçoit et c’est ce que nous disent les arbitres chevronnés que l’on côtoie : il faut d’abord privilégier ses études. Mais par la suite, j’aimerais évoluer dans les deux domaines. Par exemple je travaille assez régulièrement les règlements ainsi que mon anglais car je sais que ce sont des atouts indispensables pour aller plus loin dans l’arbitrage.

Avez-vous rencontré des difficultés en tant que femme arbitre ?

Aucune. C’est un milieu où la mixité est en plein essor. Je vois d’ailleurs autour de moi de plus en plus de jeunes femmes qui se lancent dans l’arbitrage et c’est très motivant. Je n’ai jamais rencontré de difficultés là-dessus. Je trouve même que les femmes arbitres sont mises en avant en France. Sur la chaise, ou lors des désignations, je n’ai jamais ressenti de misogynie. Mais c’est sûr qu’il y a plus d’hommes que de femmes dans ce milieu. Maintenant nous avons de beaux exemples de femmes au plus haut niveau, comme les Françaises Aurélie Tourte et Morgane Lara, la Grecque Éva Asderaki, la Serbe Marijana Veljovic, et d’autres. Elles sont badgées internationaux et leurs différents parcours sont très inspirants.

Que diriez-vous à une jeune fille tentée par la découverte de l’arbitrage dans le tennis ?

Je lui dirais d’emblée : « Vas-y ! Franchement, il n’y a rien à perdre. C’est une expérience juste magique ! » Si on m’avait dit que j’allais vivre tout ce que j’ai vécu grâce à l’arbitrage, je n’y aurais pas cru.  J’ai fait des rencontres fabuleuses, j’ai vécu des expériences de dingue.
Il peut y avoir des matchs compliqués, des moments difficiles, parfois où on se remet énormément en question. Mais ce n’est pas un problème car ces expériences nous font énormément grandir en tant que personne. En effet, on gagne beaucoup en maturité. Quand je monte sur la chaise, je suis Nourchane, arbitre. Peu importe ce qui va arriver, je sais que ça n’affectera pas la personne que je suis en tant que tel. Il faut tenter sa chance. Cela vaut le coup d’essayer. Même si évidemment l’arbitrage ne correspondra pas à toutes les personnalités.