Quatre réflexes à avoir pour sortir d'une crise de confiance

Rémi Bourrières

24 mars 2026

Dans ce nouvel opus de "Conseils aux compétiteurs", nous vous aidons à sortir d'une situation toujours délicate et bien connue de tous : la fameuse crise de confiance.

Qui n'a jamais connu "ça" ? Cette douloureuse période - plus ou moins longue - où l'on ne gagne plus un match, sans raison apparente, juste parce que notre cerveau a décidé de se liguer contre nous dans les moments importants, notamment à l'approche de la victoire.

Survient alors le cercle infernal de la défaite. Plus on perd, plus les symptômes s'aggravent et… plus on perd. On se souvient de l'Américain Vince Spadea qui avait cumulé 21 défaites consécutives entre 1999 et 2000, juste après avoir atteint les huitièmes à l'US Open, son meilleur résultat en Grand Chelem. Son "record" a été battu depuis par la Chinoise Zhang Shuai, qui a cumulé 23 défaites d'affilée en 2023… alors qu'elle venait de décrocher son meilleur classement WTA (22e). Comme quoi, la crise ne prévient pas. Elle peut frapper n'importe qui, n'importe quand. Même quand ça va très bien.

L'ancien joueur français Tristan Lamasine (181e mondial en 2015) connaît bien le problème. En 2017, il a connu une traversée du désert alors qu'il venait lui aussi de goûter à son meilleur classement. Après avoir pris sa retraite l'été dernier, à 32 ans, il est devenu l'entraîneur d'Hugo Gaston, à une période où ce dernier était dans le trou. Et il l'a aidé à retrouver confiance. Il est donc bien placé pour nous aider à savoir comment réagir dans ces moments de doute.

© Marine Andrieux / FFT

Vainqueur l'an passé du Critérium, Tristan Lamasine vous prodigue des conseils pour sortir d'une crise de confiance.

1) Rester calme et positif

Quand les défaites s'accumulent, on peut vite céder à la panique. Et même finir par ressentir une vraie blessure narcissique. Du calme. Perdre arrive à des gens très bien, et même à des joueurs très forts. Les spirales négatives ne définissent ni votre valeur sportive, encore moins votre valeur en tant qu'être humain. Surtout, elles ne sont pas irréversibles. Quelques années après sa série noire, Vince Spadea avait atteint son meilleur classement (18e mondial en 2005).

Rien d'irrémédiable, donc. Pas plus pour un joueur de club que pour un pro. "La seule chose qui change, c'est le niveau de jeu mais les problématiques sont les mêmes pour tous, explique en préambule Tristan Lamasine. Une crise de confiance, ça peut vraiment arriver à tout le monde. Et quand ça arrive, il faut éviter de se lamenter et de se mettre à cogiter. C'est très important de rester calme, positif, de prendre le temps de réfléchir à ce qui arrive. Au bout d'un moment, on finit toujours par trouver la raison."

Car les séries noires ont forcément une origine, souvent mentale. Cela vaut le coup de prendre du recul, quitte à stopper quelque temps la compétition, pour se poser les bonnes questions. Sans se flageller, mais sans se mentir non plus. Vous n'avez pas oublié de jouer au tennis. Vous n'êtes pas non plus arrivé à votre classement par hasard. Cela va revenir…

© Corinne Dubreuil / FFT

Penser positif en toutes circonstances, comme Arthur Géa !

2) Apprendre à bien se connaître

Pour mener à bien ce travail d'introspection, encore faut-il se connaître soi-même. C'est le fameux conseil de Socrate, qui ne jouait pourtant pas au tennis. C'est aussi l'intérêt – s'il en est – des défaites, a fortiori en série : elles finissent, avec le temps, par révéler leurs secrets. Et par nous en dire beaucoup sur nous-mêmes.

"Quand j'ai connu ma première grosse crise, en 2017, j'ai eu beaucoup de mal à m'en sortir parce que je ne comprenais rien à ce qui se passait, se souvient le vainqueur sortant du Critérium. J'avais 24 ans, j'étais dans les 200, je jouais les qualifs de Grand Chelem et d'un coup… la chute. J'ai cumulé 17 défaites d'affilée seulement entrecoupées d'un bon tournoi (une demi-finale au Challenger de Lyon, NDLR). En fait, rien n'était vraiment stabilisé dans mon jeu, j'étais trop dépendant des sensations du jour. Mais je ne l'ai compris qu'après. J'ai connu une autre période difficile plus tard et cette fois, le fait de mieux me connaître m'a aidé à m'en sortir plus rapidement."

Comprendre ses émotions, identifier ses peurs, savoir dans quel état d'esprit on joue le mieux… Tout cela constitue un capital confiance qui s'acquiert avec les années. Cela ne met pas totalement à l'abri d'une crise, mais c'est une arme précieuse pour y faire face.

© Corinne Dubreuil / FFT

Qui de mieux que Novak Djokovic et son immense palmarès pour illustrer la connaissance de soi en tant que joueur ?

3) Se raccrocher aux valeurs sûres

D'une manière générale, jouer "simple" – entendons par là jouer naturel - est un conseil valable en permanence. Mais il devient encore plus important dans les moments difficiles. Car en période de crise, la tentation est grande de tout remettre en question.

"C'est drôle parce que quand tout va mal, on a tous tendance – moi le premier – à se compliquer un peu la vie, à vouloir tenter de nouveaux trucs ou renforcer ses points faibles, fait remarquer celui qui a gagné un tournoi Challenger (à Tampere en 2015) et six Futures dans sa carrière, dont deux encore l'an dernier. Alors que c'est précisément l'inverse qu'il faut faire. Dans les moments difficiles, il faut se raccrocher à ce que l'on sait faire de mieux. Parce que ce sont justement dans ces moments-là que nos points faibles deviennent encore plus faibles. Il faut donc revenir aux fondamentaux."

Même les plus grands n'y échappent pas. Rafael Nadal lui-même a connu un gros creux en 2015 et 2016. Où est-il allé se relancer ? Sur terre battue bien sûr, en prenant part à la tournée sud-américaine de février.

© Corinne Dubreuil / FFT

Si, si, Rafael Nadal a eu dans sa carrière une petite crise de confiance. Où est-il allé retrouver de l'allant ? Sur terre battue, sans surprise...

4) Changer (malgré tout) quelque chose

Cela peut paraître paradoxal avec ce qui précède. Mais s'appuyer sur ses points forts ne signifie pas qu'il ne faut rien changer. On a déjà plagié Einstein dans une chronique récente, on peut le refaire ici : "La folie, c'est de faire toujours la même chose et d'attendre des résultats différents."

Parfois, un simple ajustement peut provoquer le déclic. Humblement, Tristan Lamasine estime ainsi n'avoir eu aucun impact dans la victoire d'Hugo Gaston au Challenger de Rennes, en septembre dernier, en battant Stan Wawrinka en finale, alors que le gaucher toulousain venait de perdre neuf de ses onze derniers matchs et avait plongé hors du top 100.

"Honnêtement, en une semaine de collaboration, je n'avais pas eu le temps de faire quoi que ce soit, sourit l'ancien champion de France juniors. J'avais regardé ses derniers matchs, son niveau était très bas. Je pensais qu'il allait falloir tout reconstruire. Mais dès les premiers entraînements, ça allait beaucoup mieux. Ce n'était plus le même joueur. Comme si le simple fait d'avoir changé quelque chose dans sa structure avait changé quelque chose dans sa tête."

Depuis, Hugo Gaston a bien enchaîné, apportant une nouvelle preuve de l'alchimie nécessaire entre le mental, le physique et la technique. Quand les défaites s'enchaînent, il peut être utile de faire un bilan de ces trois dimensions. Le problème se niche forcément quelque part.